Blog de l"association " Racines et Horizons saônois" qui remplace "les Amis de nos vieux villages haut saônois" à compter du 1er février 2026. L'objectif demeure la valorisation du patrimoine historique des villages de la zone ouest de la Haute Saône. Recherches documentaires, éditions, conférences et sorties sont au programme de adhérents et du public.
La bataille de Villersexel de 1871 étudiée en "war game".
08.03.2026
…
Par Patrick Mathie
Le château de Villersexel reconstruit en 1885, selon la technique Eiffel.
Photo Est Républicain
L'EST REPUBLICAIN en première page faisait écho à un exercice militaire historique qui s'est déroulé dans les superbes salles du château de Villersexel, avec des officiers du 35eme RI de Belfort. Il s'agissait pour les militaires d'étudier (in situ) les circonstances de la bataille de Villersexel qui a vu la victoire (la seule) du général Bourbaki contre les prussiens en janvier 1871.
Photos Est Républicain
"Exercice militaire insolite et ludique, ce jeudi 5 mars 2026 au château de Villersexel. Sur un plateau de jeu, les officiers et sous-officiers du 35ᵉ régiment d'infanterie (RI) de Belfort ont rejoué la bataille de Villersexel qui opposa la France à la Prusse le 9 janvier 1871. Un jeu de guerre (ou war game) destiné à approfondir les connaissances tactiques des participants". Ref: E.R.
VILLERSEXEL: seule victoire française pendant la guerre de 1870!
Comme on le verra ci dessous dans un article de la Revue d'Histoire militaire , l'Armée de l'Est commandée par le général Bourbaki a reçu l'ordre, fin 1870, de se diriger sur Belfort assiégé pour soutenir l'action du colonel Denfert Rochereau. Il y aura deux affrontements à Bethoncourt 25 et Villersexel 70. Ce seront deux victoires qui resteront sans lendemain, l'armée de l'Est étant contrainte de s'enfuir en Suisse.
La bataille de Villersexel a fait l'objet de nombreuses représentations par des tableaux, des images d'Epinal, et même de photographies dont c'étaient les débuts.
Bourbaki
Une fresque a même été peinte dans le village de LA VOGE.
Villersexel monument commémoratif guerre de 1870.
"La Revue d’Histoire Militaire : Que faut-il retenir de ces deux affrontements ?
Christophe Lejeune* : Les deux batailles sont menées par le général Charles-Denis Bourbaki. À la tête de l’Armée de l’Est, le général a reçu pour ordre du gouvernement de la Défense nationale de venir au secours de Denfert-Rochereau assiégé dans la citadelle de Belfort. Il faut bien voir que l’armée impériale n’existe plus depuis les capitulations de Sedan et de Metz. La République a décidé de continuer le combat à l’aide des troupes restantes et en levant rapidement le plus d’hommes possibles afin de constituer de nouveaux corps. L’armée à la tête de laquelle se trouve le général Bourbaki n’est donc déjà qu’un agrégat mal entrainé et démuni de soldats valeureux mais qui ne peuvent rivaliser avec les forces prussiennes. Pour la petite histoire, l’expression « armée de Bourbaki » est passée dans le langage militaire comme la désignation d’une troupe vétuste pour ne pas dire pire…
Malgré des conditions largement défavorables, le général Bourbaki réussit l’exploit de mener ses troupes à la victoire le 9 janvier 1871 en Haute-Saône à Villersexel. 20 000 soldats français vont livrer une bataille acharnée contre les troupes prussiennes et remporter une des rares victoires de la France durant cette guerre.
La journée débute très mal pourtant, nos troupes sont prises à revers sur l’Ognon par les Prussiens. La ville et son château tombent entre les mains ennemies à 13 heures. Mais les forces de l’Armée de l’Est suite à des combats héroïques finissent par reprendre la ville ; les Prussiens abandonnent le château en flammes vers 22 heures. Quelques heures plus tard, l’armée prussienne bat en retraite.
Cependant, l’Armée de l’Est en raison de problèmes de ravitaillement et de son épuisement est incapable de poursuivre l’ennemi. Le général Bourbaki décide de différer de quelques jours sa marche vers l’est afin que ses soldats reprennent des forces. Ces journées gagnées par l’armée prussienne lui permettent de se réorganiser et d’installer une ligne de défense puissante le long de la Lizaine aux portes d’Héricourt.
Ainsi, lorsqu’au 15 janvier au matin l’Armée de l’Est s’apprête à mener une attaque de front contre les positions prussiennes sur la Lizaine, le désavantage français est criant. Nos soldats sont épuisés et dorment dans des bivouacs de fortune dans les bois alors que les nuits sont polaires, jusqu’à – 20 degrés. Face à eux les Prussiens ont réquisitionné les maisons locales et dorment au chaud. Ils sont par ailleurs placés derrière la Lizaine dont ils ont fait sauter les ponts et ont placé des « bouches à feu » dans les hauteurs.
Pour le général Bourbaki, le plan d’attaque est de réussir à faire passer un de ses corps d’armée à travers les lignes ennemies afin de prendre à revers les assiégeants de la citadelle de Belfort. Malheureusement l’héroïsme et la bravoure de nos hommes ne seront pas récompensés par le même sort qu’à Villersexel. Après trois jours d’intenses combats aucune percée n’a été réussie et le général Bourbaki, la mort dans l’âme, annonce le repli de ses troupes. Cette décision acte aussi la perte de la citadelle de Belfort. L’Armée de l’Est débute alors une longue marche qui la mena jusqu’à l’internement en Suisse où 85 000 de ses hommes durent jeter leurs armes en passant la frontière avant de pouvoir rentrer en France. Énième événement tragique, face à cette débâcle, Bourbaki tenta de mettre fin à ses jours...
Les fantassins français chargent les positions prussiennes, lors d’un épisode de la bataille de la Lizaine. Tableau d’Alphonse de Neuville, « Le combat de Chenebier », 1884, huile sur toile Coll. Musées de Belfort (Photo : Thomas Bresson, Wikimedia Commons)
La Revue d’Histoire Militaire : Quelles ont été les conséquences de ces batailles sur la suite de la guerre ?
Christophe Lejeune : Les affrontements de janvier 1871 en Haute-Saône ne sont déjà plus stratégiques. Ultime offensive française, ces deux batailles, même si le dénouement avait été heureux, n’auraient pu changer le cours de l’Histoire scellé, je le rappelle, dès la capitulation de Sedan et de Metz. La lecture historique de l’offensive de l’Armée de l’Est est analysée de deux façons : d’une part comme une offensive inutile, désespérée, coûteuse en vies humaines qui aurait dû être évitée mais que l’obstination de Léon Gambetta à continuer la guerre a provoquée ; d’autre part, celle d’une offensive nécessaire car pertinente du point de vue stratégique, le plus grand mal français est alors le défaitisme et les soldats de Bourbaki ont démontré à Villersexel que l’armée prussienne n’était pas invincible.
Pour ma part, je retiens l’héroïsme, la bravoure de ces soldats qui se battent pour notre patrie, notre terre en obéissant aux ordres de la République. Je salue le courage de ces hommes qui sous des températures polaires et dans le plus grand dénuement ont continué à avancer vers leur objectif. Au récit de cette offensive, nous ne pouvons qu’être admiratifs. C’est pour cela que la transmission de notre histoire, de ces mémoires est primordiale. Les habitants de la Haute-Saône se mobilisent beaucoup afin de faire vivre ce souvenir. Les classes des écoles de nos communes participent aux commémorations organisées par le Souvenir français. En 2015 une grande reconstitution de la bataille de Villersexel a d’ailleurs été organisée."
* Christophe Lejeune: est un ancien député de la deuxième circonscription de la Haute Saône. Fin de mandat en 2022