Blog de l"association " Racines et Horizons saônois" qui remplace "les Amis de nos vieux villages haut saônois" à compter du 1er février 2026. L'objectif demeure la valorisation du patrimoine historique des villages de la zone ouest de la Haute Saône. Recherches documentaires, éditions, conférences et sorties sont au programme de adhérents et du public.
L'origine de la bande dessinée: une affaire haut saônoise!
24.11.2024
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Par Patrick Mathie
La Haute Saône compte dans ses rangs artistiques de célèbres peintres, au premier rang desquels Léon Gérôme, Jules Alexis Muenier, Jules Adler, Gustave Courtois, Pascal Dagnan Bouveret... Ils font partie eux aussi du Patrimoine départemental et national.
La bande dessinée, considérée injustement comme un art mineur, a elle aussi ses pionniers: Albert Humbert, Christophe ( Georges Colomb) ou encore Henri Gervèse (Charles Millot)... La double conférence de ce samedi 23 novembre à Membrey avait pour objectif de présenter les deux premiers nommés. Elle faisait suite à l'inauguration de la fresque et de la place de Membrey consacrées toutes deux à la mémoire d'un dessinateur, enfant du pays: le désormais célèbre Jean Cézard.
En accueillant la vingtaine de spectateurs dans la salle de la mairie du village, Didier Laurent annonçait sa décision de ne pas effectuer un troisième mandat à la présidence des Amis de nos vieux villages haut saônois. Il ne s'agissait pas pour lui d'exprimer une quelconque forme de lassitude mais de préparer sa succession avant de quitter le département en rejoignant la capitale comtoise au cours de l'année 2025. Son action et celle de Christine, son épouse-trésorière, seront soulignées au cours de l'A.G 2025. Une Assemblée Générale Extraordinaire sera ensuite convoquée pour procéder à un aménagement des statuts.
Anticipation 2025...
Une partie de l'assistance
Albert HUMBERT a allumé ...
"la LANTERNE DE BOQUILLON"
Par Jean Pierre Vienney
En 1860, Pierre François, alias Albert, est secrétaire au parquet du procureur du tribunal de Vesoul. Il réside au 12 de la rue Georges Genoux. On le retrouve ensuite à Paris où il met ses talents de dessinateur au service de l'illustration de partitions de cafés-concerts, d'albums pour enfants... Il collabore à des journaux humoristiques et satiriques.
Il créé le journal "la Lanterne de Boquillon". Le boquillon est le nom désuet donné à celui qui abat les arbres: le bûcheron!
Non! ce n'est pas un boquillon mais Jipé, autrement dit Jean Pierre Vienney! Il a fort à faire avec son micro ( tout neuf mais récalcitrant!) Il faut dire qu'il l'a peut être détérioré lors des essais préliminaires en chantant à tue tête sa chanson fétiche "Je n'ai pas changé"... avec l'accent espagnol!
Jules Eglises/ Juan Pedro Vieneto...
Il truffe son récit (manuscrit) de néologismes de provincialismes dont certains sont empruntés au patois haut saônois. Cela plaît aux lecteurs parisiens!
Dans les histoires qu'il écrit par ailleurs, il dépeint des localités de Haute Saône comme Purgerot, Vellguindry... dont la sonorité de l'appellation évoque bien la campagne!
Journal l'ECLIPSE
Un "velleguindrois"? particulièrement curieux!
"Pierre François Humbert est décédé un froid matin d'octobre 1886, mais Albert, lui, est toujours présent!" nous dit Jipé en conclusion de son exposé.
Il aura influencé d'autres humoristes de son époque comme Adolphe Willette, Alphonse Humbert, Jean Pierre Brisset, Maurice Boukay (alias Charles Couyba, de Dampierre sur Salon), Joseph Féréol Vermot né au Russey, créateur de l'almanach Vermot...
Ses oeuvres se retrouvent en ventes publiques, en consultation sur la BNF Gallica où l'on peut même acquérir un fac-similé d'un exemplaire de la Lanterne de Boquillon.
Jean Pierre a présenté à l'assistance une compilation de la Lanterne, petits formats qui paraissaient toutes les semaines ou tous les quinze jours. Les exemplaires avaient été reliés artisanalement par un amateur sous forme d'un livre que le conférencier conserve précieusement.
Les bureaux du journal étaient situés au 16 de la rue du Croissant à Paris, siège de nombreux titres de presse.
Rue du Croissant en 1866. Elle avait gardé, à l'époque, la largeur de la rue existant déjà au XVIIeme siècle. Son nom provenait d'une enseigne représentant un croissant de lune.
Siège de nombreux journaux du XIXeme siècle
Georges COLOMB et CHRISTOPHE:
LES DEUX FONT LA PAIRE!
Par Patrick Mathie
Georges COLOMB est né le premier, à Lure!
Georges est le fils du Principal du collège de Lure
En 1887 il obtient son diplôme de Docteur es sciences et un poste de préparateur en botanique à la faculté des sciences de Paris.
Georges Colomb enseigne également au Lycée Condorcet où il aura comme élève le jeune Marcel Proust âgé de 12 ans à qui il décernera un deuxième prix de sciences naturelles. Il donnera des cours de mathématiques à Tristan Bernard. Alors que l'affaire Dreyfus conduit le capitaine au bagne, il sera le précepteur de ses deux enfants dont on ne veut pas dans l'enseignement public.
Christophe a suivi.
Comment et pourquoi ce "transfert" de Georges Colomb à Christophe?
On l'aura compris, Georges et Christophe ne font qu'un! Si Georges est le scientifique, son double, Christophe, est un fin dessinateur qui illustre des romans, des manuels scolaires et créé lui même ses propres personnages sous ce pseudonyme. Comme Charles Couyba /Maurice Boukay, il différencie ainsi ses deux activités d'universitaire et de créateur graphique.
Facétieux le Georges! comme...le sapeur Camember !
Nous donnerons ci-dessous quelques éléments permettant au lecteur d'avoir une idée sur ses trois principaux personnages: Les Fenouillard (4 personnes), le sapeur Camember et le savant Cosinus.
Les Fenouillard, pour asseoir leur standing de petit bourgeois qui veulent grimper dans l'échelle sociale, voyagent dans le monde entier. Leurs aventures rocambolesques montrent la vie dans des contrées lointaines sur lesquelles Christophe s'est documenté.
Comment boucher un trou? ... En en creusant un deuxième!
Si Camember est naïf, il n'en est pas moins courageux!
L'obsession de Cosinus, outre celle de trouver la valeur de X, est d'imiter les Fenouillard en faisant le tour du monde. Il prépare des expéditions qui rateront toutes l'une après l'autre. Il finira par trouver l'âme soeur en la personne de Madame Belazor qui lui donnera deux filles: Sécante et Cosécante, au grand dam des Fenouillard qui voient ainsi l'héritage espéré de Cosinus (oui, oui, ils sont parents!) leur passer sous le nez!
Nouveau: dans une planche apparaissent les premiers phylactères (bulles) dans lesquels s'inscrivent "en direct" les répliques des personnages.
La fin de Georges/ Christophe
En 1939 Georges COLOMB se réfugie en zone Libre à Nyons dans la Drôme. Il y restera jusqu'à libération. Des amis venus lui rendre visite lui apporteront un plein sac de haricots blancs dont il raffole. Ayant abusé de ces féculents il mourra d'une occlusion intestinale à l'hôpital de la ville.
Récit de la petite fille de Georges venue à Nyons en 1941.
Georges Colomb/Christophe repose au cimetière d'Asnières sur Seine
Merci à André Joly, lecteur magistral du jour!
Un autre bon moment de l'après midi à l'issue de la dernière conférence de l'année.