Blog de l"association " Racines et Horizons saônois" qui remplace "les Amis de nos vieux villages haut saônois" à compter du 1er février 2026. L'objectif demeure la valorisation du patrimoine historique des villages de la zone ouest de la Haute Saône. Recherches documentaires, éditions, conférences et sorties sont au programme de adhérents et du public.
1914-1918 Un témoignage venu de Molay pour le 11 novembre 2024
10.11.2024
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Par Patrick Mathie
Geneviève Multon, de Molay, m'a transmis des documents qui évoquent les débuts de la guerre de 1914-1918. Un témoignage écrit d'Emile Laboissière, originaire de Cornot, rappelle la dureté des combats de 1915, la perte de soldats originaires des villages aux alentours de Molay et la captivité de nombre d'entre eux.
"A l'approche du 11 novembre, je vois des reportages "Paroles de Poilus".
Ca me fait penser à un Poilu que j'ai un peu connu à Molay où il s'était marié avec Adèle Robert.
Il s'agit d'Emile Laboissière ( Joseph Emile Auguste Laboissière), né à Cornot le 1er décembre 1887.
Celui-ci a connu la grande guerre .
Sa petite fille Nadine Munier (née Laboissière) Maire de Vaivre et Montoille, avait confié des documents émouvants le concernant à Evelyne Drouhot de Molay.
Evelyne Drouhot me les avait transmis.
Je me permets de vous les envoyer. (Peut-être les connaissez-vous ?) car ils ont été exposés à Bougey lors de l'exposition cet été 2024."
Geneviève Multon
Emile Laboissière au camp d'Heuberg porte le numéro 870
Compléments
Acte de mariage, en 1913 d'Emile et d'Adèle Robert à Molay
Livret militaire d'Emile Laboissière. ADHS
Emile a d'abord été considéré comme disparu aux combats de Burnhaupt ( Alsace). Il était prisonnier à Heuberg en Allemagne jusqu'au 8 décembre 1918 soit quatre ans de captivité.
Les combats de Burnhaupt janvier 1915.
Voici ce que l'historique du 56e R.I.T., justement, nous apprend sur le sujet :
« Le 7 janvier, le général Putz prescrit d’enlever Burnhaupt-le-Haut. Le général Sauzède décide qu’il y aura deux attaques. Le 53e territorial marchera sur la lisière nord du village, le 56e sur la lisière ouest. De ce côté, les 6e et 7e compagnies, bientôt rejointes par la compagnie du génie Doumert, sont en tête, suivies par les 5e et 8e, tandis que le 1er bataillon est dans le Langelittenhaag et qu’un bataillon du 371e, et un autre du 172e sont à la lisière ouest de ce bois, prêts à appuyer le mouvement. Le combat commence à 16 h 15. En très peu de temps, la 7e et la compagnie du génie abordent les tranchées allemandes, les occupent, puis se jettent sur les premières maisons du village. Le capitaine du génie Doumert que nous avons toujours vu en avant, est tué. Malgré cela sa compagnie et la 7e du 56e, continuent à progresser. A 16 h 35 nous avons pris pied dans le village ; il fait déjà presque nuit. Un peu plus tard le lieutenant-colonel Letellier prévenu que Burnhaupt est en notre pouvoir transmet, sans le vérifier, ce renseignement au général Sauzède, en même temps qu’il demande à relever les unités du 56e par les bataillons du 172e et du 371e. Ce dernier arrive bientôt dans une localité qu’il croit débarrassée d’ennemis. Dès qu’il a dépassé la partie occupée par les territoriaux, il est assailli à coups de fusil et de grenades. Il doit fouiller les maisons l’une après l’autre. La nuit est très noire, ce qui prolonge l’opération.
Le combat dure jusqu’au matin. Au petit jour, le bataillon du 371e est menacé d’encerclement, il a toutes les peines du monde à se retirer en subissant des pertes importantes. »
Burnhaupt le Haut
Le camp de prisonniers d'Heuberg
Le camp de prisonniers d'Heuberg porte le numéro 33 sur la carte (point rouge)
L'arrivée des prisonniers de guerre au camp
Les 29 premiers prisonniers arrivent au camp le 25 novembre 1914, le 30 ils sont 189. Le camp accueillera 15 000 prisonniers répartis dans 10 sections de 10 à 15 baraques pouvant contenir 100 à 150 prisonniers. On dénombrera 7500 russes, 5000 français, des serbes, des italiens, des polonais , des anglais...
Intérieur d'une baraque. On remarquera la mise en scène: livres, rideaux, plante verte, pommes, apin, tarte, bière et ...chanpagne!
Pour la distraction des prisonniers...
Le retour
Recensement de 1921 à Molay. La famille s'est agrandie avec un petit Léon né en 1920. La belle mère porte le curieux prénom d'Emérantiane ( "qui a du mérite/ méritante") ADHS.
Que sont-ils devenus?
Emile demandait des nouvelles de 3 de ses camarades de Cornot. On pourrait aujourd'hui lui répondre qu'ils sont revenus vivants ( il les a retrouvés à la fin de la guerre).
Albert MAIRE (classe 1908):
Achille MASSIN classe 1910):
Marius MASSIN (classe 1911):
Blessé au chemin des Dames lors de l'attaque catastrophique ordonnée par le Général Nivelle (134 000 morts) considéré comme disparu puis comme prisonnier il sera rapatrié en novembre 1917.
Au chemin des Dames.
Maurice Boukay ( Charles Couyba) a écrit les paroles de cette chanson...
Remerciements à Geneviève Multon, Evelyne Drouhot, Nadine Munier la petite fille d'Emile Laboissière pour la chaîne mémorielle qui aboutit en ce 11 novembre 2024 à raviver, dans ces colonnes, le souvenir de ceux qui ont combattu pour la France.
J'ajouterai une pensée amicale pour notre adhérent Jean Michel Pothiat qui, à la tête de la section de Dampierre sur Salon du Souvenir français, accomplit un travail remarquable pour que le devoir de Mémoire se perpétue et que le Souvenir de nos Anciens reste vivace.
Merci pour ce bel hommage à mon grand-père Emile , je suis , dans mes temps libres et par passion , à créer son arbre généalogique avec un maximum de photos . Je recherche des photos rares de ses deux filles ( Isabelle et Denise ) . Merci encore de mettre à l'honneur nos grands-parents pour leur bravoure pendant cette guerre .
La Mémoire passe par les grands faits historiques mais aussi par les récits de ceux qui ont vécu ces temps difficiles sans avoir parfois la force d'en parler...les écrits restent. La lettre d'Emile contient un précieux morceau du passé.
A
Althuser
10/11/2024 19:52
Très intéressant, édifiant et réaliste!<br />
Merci