Blog de l"association " Racines et Horizons saônois" qui remplace "les Amis de nos vieux villages haut saônois" à compter du 1er février 2026. L'objectif demeure la valorisation du patrimoine historique des villages de la zone ouest de la Haute Saône. Recherches documentaires, éditions, conférences et sorties sont au programme de adhérents et du public.
LE CHATEAU DE FRANCOIS AUGUSTIN MARIE COMTE DE SALVERTE (1872-1929) EN VENTE.
09.05.2024
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Par Patrick Mathie
Les annonces immobilières "de luxe" sont mises en lignes par des agences immobilières spécialisées et des journaux comme Le Monde dans leur rubriques "immobilier".
Si vous cherchez un pavillon cossu vous ne le trouverez pas dans nos parutions d'agences locales. Celles dont on parle "font" dans les propriétés bourgeoises, les manoirs, les châteaux. C'est en faisant des recherches sur la famille Baconnière de Salverte que mon attention a été attirée par la vente d'un château dans les environs de Chantilly ou de Roissy ( on reste évasif sur le lieu dans ce type d'annonces!). Cette demeure a appartenu à François Augustin Marie Baconnière de Salverte.
Francois Augustin Baconnière de Salverte...qui est-il?
François Augustin Marie?...C'est lui !
Né en 1872, il fait partie d'une famille noble qui a vu se succéder des comtes au service de princes, de rois et de la République. Lui même fut au service de l'Etat en sa qualité de secrétaire d'ambassade au Ministère des affaires étrangères.
Son château.
Il ne l'a pas reçu par transmission mais l'a fait sortir de terre au début du XXème siècle! Le voici:
Voilà un très joli château. Il a été VOULU par François de Salverte et érigé sur les plans de l'architecte Charles ADDA. Les travaux commencés avant la première guerre mondiale se sont achevé en 1926. Voyons ce qu'en dit l'agence immobilière en apportant quelques précisions sur sa situation géographique:
LOCALISATION
Les recherches conduites sur internet nous conduisent à le situer dans le département du Val d'Oise ( ancienne Seine et Oise) plus précisément à Luzarches. C'est le château de Saint Thauron.
Il s'agit d'une construction moderne reprenant le style des plus beaux château du XVIII. Avec ses trente pièces dont 20 chambres, il avait été pourvu du confort avec de nombreuses salles de bain et d'un système de chauffage. Six garages à voitures avaient été prévus ainsi que des dépendances. La grille d'entrée, superbe,devait être une récupération originale du XVIIIème.
L'architecte Charles ADDA
Charles ADDA (1872-1938) à Deauville.
Né en Algérie il se destinait à entrer dans la marine, mais ses talents de dessinateurs le conduirent à faire des études aux Beaux Arts de Paris. Il construisit de luxueux hôtels particuliers comme celui de la couturière Jeanne Paquin, du banquier Lucien Kahn ou encore du marchand d'art Georges Bernheim. Dans un style néoclassique, il érigea des immeubles de rapport dans l'ouest parisien. Il fut connu pour avoir dessiné et agrandi les tribunes des hippodromes de Longchamp et de Chantilly.
Un modèle dessiné par Jeanne Paquin
On lui doit les plans et la réalisation des bains pompéiens, des cabines et des fameuses planches de Deauville.
Fresque/Mosaïque "Arts Déco" à Deauville
L'intérieur actuel du château Saint Thaurin de Luzarches
L'aménagement intérieur aurait été revu en 1924-1925. On sait qu'il y a eu une succession du propriétaire, d'abord au bénéfice de son épouse puis, sans doute à celui de membres de la famille plus éloignée car, apparemment, le couple de Salverte n'avait pas de descendance directe... L'intérieur présenté par les agences immobilières montre un mobilier de diverses factures et des tableaux de diverses qualités. Les derniers propriétaires avaient peut être des velléités ou ambitions picturales non encore abouties.
On notera l'aspect lumineux des pièces éclairées par de vastes baies vitrées à petits carreaux.
L'escalier à quart tournant en marbre et garde fou en fer forgé est très réussi. Le bureau de travail avec ses boiseries est plus sombre, mais une vaste glace au dessus de la cheminée renvoie la lumière de la fenêtre (comme à la galerie des glaces de Versailles).
Le Propriétaire François Augustin Marie Baconnière de Salverte
Il fait partie d'une famille noble.
Ref: Geneanet
Georges Napoléon de Salverte avait pour frère Gaston de Salverte(1827-1886)dont le fils Roger de Salverte (1861-1934) avait lui même pour fils Hubert Baconnière de Salverte (1898-1979). Ce dernier qui a épousé Gabrielle de Marmier (1911-1992) héritière du château de Ray est le petit neveu de François comte de Salverte.
Hubert de Salverte
Que sait -on de François?
Il est né le 8 juillet 1872 au château des Agneaux à Ozoir la Ferrière en Seine et Marne. Ses parents résidaient habituellement 12 rue d'Anjou à Paris. C'est son père Marie Georges Baconnière de Salverte qui l'a déclaré à la Mairie d'Ozoir.
Le château des Agneaux aujourd'hui golf et restaurant de standing.
Sa fiche de mobilisation indique qu'il était étudiant et résidait alors 54 avenue Marceau, Paris 8ème arrondissement.Il mesurait 1,81m et souffrait d'une dérivation de la colonne vertébrale. Dans un premier temps il fut exempté du service armé et affecté au service auxiliaire. Mais en 1916 il fut incorporé dans une section d'infirmiers. Caporal en 1915, il est démobilisé en octobre1919.
Intéressons nous à sa biographie et à son activité de recherche en sa qualité de spécialiste des menuisiers et ébénistes du XVIIIème siècle:
Son "job" principal- dirait on aujourd'hui- était celui de diplomate à savoir: secrétaire d'ambassade au Ministère des affaires étrangères. Il avait suivi en cela la voie tracée par son père: études de droit puis service de l'Etat à un haut niveau!
Extraits de "Dictionnaire critique des historiens de l'art"
Le "hobbie" de François devint, pendant 10 ans, une passion qui le conduisit à rechercher puis classer les oeuvres des ébénistes implantés en France dont il admirait les créations et le talent. Il y consacra deux ouvrages majeurs qui font autorité dans le monde de l'Art.
Edition de 1923
Introduction du livre contenant des informations sur la corporation des Menuisiers Ebénistes et les règles définies pour protéger leurs savoir-faire. C'était le label "fait maison" de l'époque!
Son petit neveu Hubert de Salverte qui s'attachait par ailleurs à reconstituer l'histoire des sires de Ray et du château des Marmier, rédigea la préface de la cinquième édition en 1962. Le répertoire des ébénistes établi par son grand oncle est devenu "Le Salverte" signe d'une indéniable notoriété.
François de Salverte a répertorié les marques des ébénistes qui étaient faites par un fer gravé en relief frappé sur le bois.
En ce qui concerne la Franche Comté c'est Abraham Couleru du Pays de Montbéliard qui figure avec d'autres ébénistes comtois.
Estampille de Couleru
Détail de marqueterie d'un bureau de pente Couleru
François de Salverte entreprit la rédaction d'un deuxième livre intitulé " Le Meuble Français d'après les ornemanistes"agrémenté de nombreuses planches.
Réalisation d'un ornemaniste, sculpteur d'art sur bois.
C'est Marguerite Antoinette Marie Dupré, fille de l'avocat parisien Louis Charles Alfred Dupré, qui en assura l'édition en 1930 après la mort de François, survenue en 1929. Ils s'étaient mariés à Paris en 1900.
Marguerite Dupré (1878-1957)épouse de Salverte
Le goût pour les beaux meubles qu'exprimait François de Salverte se retrouve dans la branche des Salverte de Ray sur Saône. Suite au décès de Diane Baconnière de Salverte, dernière propriétaire du château, une vente aux enchères concernant la succession de son frère François Othon (comme elle enfant d'Hubert de Salverte et de Gabrielle de Marmier) a été organisée à la demande de Laure et Claire de Salverte pour la partie d'héritage venant de leur père qui, jusqu'à son décès, occupa une aile du château. On vit de très beaux meubles sur le catalogue en ligne accompagnant la vente.
Commode en marquetterie puis Chaise Louis XVI à la lyre provenant du château de Ray appartenant à la succession François Othon de Salverte. Elle faisait partie d'un lot de 3 proposées à la vente avec une mise à prix de plus de 9 000 €.
Revenons au château de François de Salverte.
Bien qu'à l'inverse du château de Ray il ne soit pas "chargé d'histoire", ses lignes, son architecte renommé, son propriétaire reconnu dans le monde du meuble ancien lui donnent un cachet particulier qui ne laissera pas indifférent celles et ceux qui rechercheraient un havre de paix situé non loin de l'aéroport Charles De Gaulle mais sans avoir à souffrir de ses nuisances. Le futur propriétaire, s'il le maintient dans ses fonctions de lieu d'habitation, aura largement la place ,avec ses 20 chambres, d'accueillir ses amis. Les enfants pourront s'ébattre à loisir dans les jardins à la française et sur les pelouse de l'immense parc!