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Association " Les Amis de nos Vieux Villages Haut Saonois". Recherche et communication sur le Patrimoine des villages de Haute Saône

Henri Gervèse, un autre vésulien méconnu...

A l'initiative de Jean-Claude Larère, membre des Amis de nos vieux villages haut saônois et des Amis du musée Garret et de la bibliothèque, la conférence consacrée à Henri Gervèse, peintre et officier de marine né à Vesoul, s'est déroulée comme annoncé à la maison des Associations de Vesoul, anciennement Manufacture des Tabacs au temps où la Haute Saône du 19ème siècle produisait quantité d'herbe à Nicot!

Les bâtiments ont été réhabilités en salles de sports et de réunion. La salle 108 avait été réservée par l'Association des Amis du musée Garret et de la bibliothèque. La Présidente, touchée par le Covid ne pouvait malheureusement être présente. Autre absence - et non des moindres- celle du conférencier Jean-Claude Larère touché lui aussi par des ennuis de santé. J'ai donc eu la lourde tâche de le remplacer "au pied levé" en  présentant Gervèse à partir de son texte qu'il m'avait transmis. Souhaitons à tous deux un rétablissement rapide.

Texte de Jean-Claude Larère lu aux spectateurs.
Jean-Claude Larère

 

Henri Gervèse... c'est le pseudonyme sous lequel Charles Millot signait ses caricatures et ses tableaux en sa qualité de peintre officiel de la Marine. Il était né "Charles Millot"  en 1880 et figurait sous ce patronyme sur les registres de l'Etat Civil de Vesoul.
Sa famille était originaire de Haute Saône depuis des générations.
Son père Emile Millot était né en 1850 à Faverney et travaillait aux contributions directes de Vesoul. En remontant le temps, on trouve son grand père Charles Auguste, né en 1828, qui était menuisier à Faverney,  son arrière grand père Jean Baptiste était originaire de Combourg, le père de ce dernier, Louis, avait vu le jour à Port sur Saône et était menuisier à Faverney. Nous nous arrêterons à Jean né en 1752 et qui était tonnelier... à Port sur Saône. Bon nombre d'autres ascendants sont originaires de cette ville.

"Un pesonnage qui m'a rapidement fasciné"...

C'est l'expression employée par Jean-Claude Larère pour parler d'Henri Gervèse qu'il a découvert tout d'abord sur un "post" facebook" de Damienne Seky-Boggio, repris par moi même sur ce blog. Il a alors acquis une quantité de cartes postales de l'auteur, des livres le concernant et présenté, en collaboration avec Damienne et Jacques Schirmann petit neveu et biographe de l'artiste et moi même, une exposition à l'office du tourisme de Vesoul en septembre 2021.
Henri Gervèse excellent élève à Besançon puis au lycée Henri IV à Paris avouait trois passions " le dessin, les mathématiques et la mer". A la question d'un journalist qui lui demandera ce qu'il préférait entre la peinture et la marine il répondait sans hésiter "être peintre! Déjà, à l'école je dessinais mes camarades de classes"  et il ajoutait que la marine lui avait permis d'assouvir une deuxième passion qu'avait fait naître en lui la lecture d'ouvrages de Dumont d'Urville, de Jules Verne.... les voyages et la découverte du monde.

 

Bachelier à 15 ans il intègre l'Ecole Navale à 17 ans avec un 19/20  en dessin. Nommé enseigne de vaisseau il allait alors enchaîner les croisières: Madère, Gabon, Libéria, les Etats Unis, Haïti, Cuba...

 

 

 

Promu lieutenant de vaisseau il devient officier d'ordonnance du Ministère de la Marine. Cette sédentarisation lui permet de consacrer une partie de son temps au dessin sous le nom de Henri Gervèse. Il créera des séries de cartes postales intitulées "Nos marins" et "croquis d'escales" 130 000 cartes seront éditées par une douzaine d'éditeurs. Ces séries initiales seront reprises ensuite avec un trait plus affimé qui préfigure "la ligne claire" technique utilisée par Hergé dans Tintin.

 

 

 

Une partie du public
En 1913 il retrouve  la Chine et en restera marqué à jamais. Commandant d'une canonière sur le Yang Tsé Kiang (la France d'alors avait acheté une concession à Shangaï), il vécut des moments intenses qu'il raconte dans un fort beau récit.
Un panneau de l'exposition de septembre 2021.
Les rapides du Yang Tsé Kiang.
A 38 ans, "fort bel homme, séduisant, de commerce agréable, fort bon danseur" nous dit Jean-Claude Larère, il se marie avec Françoise Brisson, fille de Pierre Brisson Directeur du journal le Figaro.
Sa femme, qu'il surnomme "Dédé", refuse de partir outre mer comme le souhaite Charles. Ce dernier accepte alors un poste d'adjoint au Directeur de la Revue Maritime.
Tombé malade en 1943 il prend sa retraite et collabore à différente revue dont le Rire, l'Assiette au Beurre, Fantasio.
Il réalise aussi des affiches publicitaires pour la Phosphatine Fallières, le savon Le Chat, Lancôme ( société fondée par un haut saônois natif de Saint Loup sur Semouse)...

 

Mais cette vie lui pèse et malgré le désaccord des sa femme il accepte un poste d'Inspecteur des Chargeurs réunis à Anvers. "Dédé" refuse de l'accompagner et le divorce est prononcé en 1929. Après un cours séjour à Besançon Charles part en Argentine pour y représenter les intérêts des Chargeurs Réunis.
A Buenos Aires il assiste à un spectacle donné par deux jeunes chinoises , filles d'un haut fonctionnaire chassé de Chine par le régime communiste. Il succombe au charme de Mei Ling ( belle et fine en mandarin), déclare sa flamme. Ils se mettent en ménage. Pendant la guerre de 39-45 il est rappelé au service à l'Ambassade de France à Buenos Aires jusqu'à la fin du conflit.

 

 

 

Gervèse décèdera en 1959. L'un de ses petits neveux , Jacques Schirmann, avait suivi les traces de son grand oncle en devenant capitaine au long cours, puis Directeur au Chargeurs Réunis. Il l'avait rencontré lors d'escales en Argentine. Son grand oncle lui avait donné des cours de dessin , faisant de Jacques un dessinateur de talent.
"Ces escales me permirent de découvrir l'aquarelliste  de grand talent et surtout l'homme dans toute sa générosité et son affection pour les siens malgré l'élognement. Quand je l'interrogeais sur ses dessins humoristiques; il ne les considérait que comme un divertissement de jeunesse et non pas comme du grand art" nous dit Jacques Schirmann.
Et pourtant... Gervèse avait un oeil vif qui savait fixer en un instant les traits de  ses personnages et un humour bienveillant qui lui permettait de traduire des situations amusantes ou cocasses. Gervèse considérait la caricature comme un art mineur, mais c'était un Maître en la matière. Le succès de ses cartes postales et les ventes de celles ci sur internet montrent qu'il a toujours du succès par delà les années!
Jacques Schirmann fit transporter le cerceuil de son grand oncle jusqu'au Havre où il alla l'accueillir et l'accompagna jusqu'à la cathédrale de Besançon où  eut lieu la cérémonie funèbre suivie de l'enterrement au cimetière de Saint Ferjeux dans le caveau familial.

 

Un dessinateur et un peintre de talent

Pour conclure, nous vous proposons de regarder quelques oeuvres d'Henri Gervèse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le style d'Henri Gervès a évolué avec le temps, le trait s'est encore simplifié, les lignes sont devenues plus géométriques, les couleurs plus vives...
Parmi l'assistance, outre Damienne Seky-Boggio et son mari, se trouvait Philippe Schirmann, ancien curé de Noroy le Nourg, frère de Jacques. Il nous a donné des précisions sur la vie et l'oeuvre de son grand oncle.
Philippe Schirmann

 

Philippe Schirmann avait apporté un carnet de croquis de son grand oncle que l'assistance a pu consulter et qui était encore signé: Charles Millot.

 

 

 

Très émouvante sensation de tenir en main des oeuvres originales de la première période du peintre ! Merci à l'abbé Schirmann pour sa délicate attention!

Jacques Schirmann a proposé à la ville de Vesoul de lui remettre gracieusement une partie des oeuvres de son grand oncle, ce haut saônois méconnu (encore un! dirait Jean-Claude Larère) qui pourraient trouver leur place au Musée Garret et rejoindre ainsi des oeuvres de peintres majeurs comme Gérôme , Muenier...

C'est le Patrimoine artistique haut Saônois qui se touverait ainsi enrichi par des oeuvres originales alliant dessins, caricatures, aquarelles et peintures...

 

Nos remerciements pour leur accueil ( et pour leur aide technique!) aux Amis du Musée Garret, à Jean-Claude Larère pour la préparation et la rédaction de son exposé, à Damienne Seky-Boggio, à Jacques Schirmann pour sa documentation que l'on peut retrouver dans deux livres récents qu'il a consacré à son grand oncle:

 

 

 Patrick Mathie 09 octobre 2022
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