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Association " Les Amis de nos Vieux Villages Haut Saonois". Recherche et communication sur le Patrimoine des villages de Haute Saône

GRAY AU TEMPS DE LA PROSPERITE

Pascal MAGNIN   a consacré de nombreux livres aux Chemins de fer vicinaux. Il a intitulé l'un d'entre eux :

La Haute Saône au temps du Tramway

Age d'Or et Modernité

Ce titre peut s'appliquer à la ville de Gray qui, après un passé glorieux, s'est peu à peu endormie...La faute sans doute au déclin de la batellerie, des grands moulins, des chemins de fer vicinaux dont la dernière ligne fermera en 1938...

Mais, revivons en images un peu de cette gloire grayloise passée. Nous verrons

le culte marial,

le Port fluvial et

les chemins de fer vicinaux graylois... au travers de cartes postales anciennes.

Pascal Magnin, à la suite de la préface de Pierre LOUVOT Membre Honoraire du Parlement, à Dampierre sur Salon en 1996 "...les entreprises de fabrication, les manufactures, le commerce, l'artisant et les services, tireront profit d'une dynamique qui se prolongera jusqu'à la veille de la Grande Guerre, dont les conséquences terrifiantes interrompront la marche d'un progrès continu." , Pascal Magnin, disais-je en pages 5 et 8 de son ouvrage (voir ci-dessous) nous parle de la Saône et de la ville étroitement liées par l'Histoire:

 

 

LE CULTE MARIAL A GRAY:

La ville de Gray, avec ses huit couvents a constitué une place forte importante de la religion catholique romaine. La basilique Notre Dame dont la construction s'est étalée du XVème siècle au XIX ème siècle domine la ville de son clocher "à bulbe" caractéristique. En 1909, le 16 mai, une messe de couronnement de la Vierge s'est déroulée sous les voûtes de l'édifice et s'est poursuivie dans les rues avec chants, bannières, fleurs et musiques. Une foule considérable venue de toute la Comté a fait de cet événement religieux une manifestation majeure dans l'histoire de la ville.

 

 

"Le couronnement d’une statue de Marie est un privilège que Rome n’accorde que rarement. Il doit être justifié par des documents authentiques établissant l’ancienneté du culte, sa durée et les grâces insignes accordées par son intercession. Ce travail de préparation fut accompli avec ténacité par le chanoine VILLEREY, curé de Gray et ancien vicaire de la paroisse. Durant 25 ans il se fit l’apôtre et l’historien de Notre-Dame. Il passa plusieurs années à dépouiller les archives municipales afin de créer, reliés en 7 volumes, plus de 2000 procès verbaux, relatant les guérisons miraculeuses accordées par l’intercession de Notre-Dame de Gray de 1620 (1er miracle le 17 février pour Cléry VOISIN - 10 ans) à 1789.
Pour cette cérémonie du couronnement, des fêtes splendides furent organisées par M. le chanoine LOUVOT, archiprêtre de Gray. Le 16 mai 1909, Monseigneur PETIT, archevêque de Besançon, assisté de 7 évêques, un abbé mitré, des archiprêtres et doyens du diocèse, d’une centaine de prêtres, d’une foule immense accourue de toute la Comté et des départements voisins, plaça au nom de Sa Sainteté Pie X, une couronne d’or massif ornée de diamants, sur la tête de la vierge miraculeuse. Puis une immense procession se rendit aux faubourgs des Capucins. Un magnifique reposoir était érigé à l’entrée de l’ancien couvent. Sur cette terre sanctifiée pendant pès de trois siècles par la présence de Notre-Dame et les milliers de pélerins qui vinrent l’invoquer, Prélats, prêtres, fidèles chantèrent le Magnificat de la Reconnaissance. Retirant la statuette Miraculeuse du riche reliquaire offert à cette occasion par les Dames de Gray, Monseigneur l’Archevêque bénit la foule agenouillée".

 Souvenir du couronnement de Notre-Dame de Gray (XVII° s.)

 Christophe COMBETTE
 

 

Les personnages représentés sur la carte postale sont l’archevêque de Besançon :

Mgr Fulbert PETIT (en haut à gauche).

Les autres sont les curés de Gray :

  • Le prêtre se trouvant en bas à droite est M. LOUVOT qui deviendra plus tard chanoine.
  • Le personnage central est le Pape Pie X .
LE PORT FLUVIAL DE GRAY:

"En 1285, on embarque à Gray des barils de farine, de l’avoine et du vin pour l’expédition d’Aragon, et en 1374, la papauté d’Avignon loue des greniers dans la cité comtoise, aux portes du plus grand stock de céréales de la province. Aux XVIe et XVIIe siècles, le bois, les vins, les produits métallurgiques, les fromages même, produits par la province, sont en grande partie exportés depuis le port de Gray. Vingt mille chevaux y sont employés en 1815, et en 1830 « le prix fixé des blés, résulte de la moyenne des mercuriales des marchés de Marseille, Lyon, Toulouse et Gray.. Autant d’exemples attestant la vitalité du port de Gray et l’importance des échanges dans la région depuis le Moyen Âge".

Plan d'alignement des rues de Gray (ADHS). Le Port Villeneuve et ses gradins, les quais, le pont de pierre, l'écluse. En bas et à droite de la rose des vents figure une mare. A gauche et en haut du plan, un ruisseau: "Les Egoulottes".

 

Laurence Delobette et Paul Delsalle sont tous deux enseignants-chercheurs en histoire à l’université de Franche-Comté, respectivement au laboratoire des Sciences historiques et au laboratoire Chronoenvironnement. Ils ont dirigé l’édition de ce livre riche en informations et en illustrations sur la construction des ouvrages de génie civil et fluvial qui accompagne l’essor du port, les échanges commerciaux, les voies de navigation, les métiers, les bateaux, les taxes et les droits de douane…, qui réunit les contributions à un colloque organisé dans l’intention de faire sortir de l’oubli cet aspect important, mais méconnu, de l’histoire de la ville comtoise. De périodes fastes en épisodes de déclin, le port de Gray connaîtra une activité certaine jusqu’au milieu du XXe siècle, où il est reconverti en port de plaisance.

Ref: Delobette L., Delsalle P. (sous la direction de), Le port fluvial de Gray du Moyen Âge à nos jours, éditions Franche-Bourgogne, 2015

 "L'évolution. La prospérité de Gray est très ancienne, elle est due à une situation de tête de navigation sur la Saône. Au XIXe siècle, c'est le principal marché de grains de la région, régulateur des prix du blé dans l'est de la France. Le trafic, de 200 000 t en 1820 passe à 300 000 en 1838. C'est de cette époque que date la fondation de la chambre de commerce de Gray-Vesoul et la construction du port de Villeneuve (à gradins) nécessitée par de gros arrivages de vin en fûts. Outre le vin et le blé, le trafic comprend des bois et des matériaux de construction.

Cette prospérité se maintient jusqu'à la fin du siècle dernier, les chantiers de construction sortent alors des centaines de bateaux par an; Gray est devenu le point de raccordement entre la voie ferrée et la rivière.

Le prolongement de la navigation jusqu'à Corre, la généralisation des transports par fer et les abaissements des tarifs ferroviaires portèrent un coup funeste à Gray qui devint un port local endormi"

Ref: Extrait de:.La batellerie en Saône de Gray à Chalon-sur-Saône 

  Année 1962  2-1  pp. 5-26

Le remorqueur Moustique côtoie les lavandières au travail depuis une barge...

Les bateliers du Sphinx prennent leur repas sur le pont. Il y a du monde pour un seul remorqueur!

 

Carte de 1907.

Le quai Mavia et le chemin de halage. CPA colorisée.

Embouteillage à l'écluse!

Départ d'une péniche halée par deux chevaux depuis la berge

Chargement (ou déchargement) de barriques de vin

Le port du Poirier en aval du Port Villeneuve est rattaché à Arc les Gray

Crue de la Saône au pont de pierre en 1910.

LE CHEMIN DE FER D'INTERÊT LOCAL A GRAY:

La liaison est faite entre le trafic fluvial de la Saône et les Chemins de fer vicinaux qui empruntaient le quai Villeneuve !

La première ligne de tramway à voie métrique, dite d'intérêt local, fut ouverte le 11 décembre 1878. La déclaration d'intérêt public avait été faite en 1874.Elle reliait Gray -Est à Bucey les Gy.

En 1892  la liaison Gray- ville à Gray Est fut décidée en 1892 et réalisée en 1894.

La gare des Chemins de fer vicinaux qui avaient repris l'exploitation, sous la houlette du Conseil Général de Haute Saône, après la faillite des premiers investisseurs privés, se trouvait face à la gare des chemins de fer de l'Est. La ligne passait sous  le pont de la route de Mirebeau, longeait la Saône sur le quai Villeneuve, traversait la rivière sur le pont de pierre et atteignait Gray-Ville au point kilométrique (PK) 1,6 où étaient implantés les ateliers et le dépôt des locomotives.

Le pont suspendu. Au fond la gare des chemins de fer de l'Est. La ligne des CFV passe sous le pont, devant la gare, et poursuit sa route sur le quai Villeneuve.

Avant la guerre de 1914-1918, chaque ligne était classiquement desservie par trois aller-retours quotidien, tous de composition voyageurs-marchandises.. La moyenne commerciale était de 20km/h. Le maximum de la vitesse autorisée était de 30 km/h ! 

 

 

La troupe va être rattrapée par le Tacot!

 

En 1903 Gray et Jussey furent reliées par les CFV.

Le Tacot, avenue Carnot 1909

 

 

le pont de pierre

Le pont de pierre et le bateau lavoir au quai Mavia

Tracé de la ligne Gray-Est/ Ancier puis Jussey via Combeaufontaine

Gros plan sur la ligne CFV qui part perpendiculairement à la gare des chemins de fer l'Est et qui traverse la Saône sur le pont de pierre.

Le tramway se cache derrière les arbres sur le quai Villeneuve... mais son panache de fumée le trahit!

Locomotive Pinguely de type 123 du dépôt de Lure

"Réinauguration" de la Gare des CFV de Gray  en 2018?...
EPILOGUE:

Après la grande guerre ( et avant la suivante), les lignes des CFV, en raison de la baisse du trafic fluvial, du développement des routes et du transports par camions durent fermer les unes après les autres par manque de rentabilité. Certaines lignes du nord du département purent survivre un temps grâce aux "trains de plaisir" qui emmenaient les passagers en direction des pentes vosgiennes et du bon air des forêts de sapins.

Tout endimanchés on prend le tramway en direction des Vosges... toutes proches...

On mit en place des autorails... mais il fallu se rendre à l'évidence et fermer définitivement en 1938 !

Automotrice à essence, sur rails, De Dion-Bouton, avec remorque en 1930.

Randonnée avec houlette de berger, tenues adaptées à la marche,sapins, montagne vosgienne, air pur...tout un programme!

Imaginons...

supposons qu'aujourd'hui les infrastructures  soient préservées.. on pourrait, à Gray comme à Besançon faire renaître le tramway (à vapeur!) et attirer des touristes sinon des passagers réguliers. Le passé glorieux renaîtrait de ses cendres et rendrait à Gray sa beauté, son attractivité d'antan! Et puis, circuler en train sur les quais lors des grandes crues de la rivière (presqu'un fleuve!) et découvrir la Saône et la campagne saônoise serait un événement! Non? Qu'en pensez vous?!...

MALINES (Verlaine ) 

Vers les prés le vent cherche noise 
Aux girouettes, détail fin 
Du château de quelque échevin, 
Rouge de brique et bleu d'ardoise, 
Vers les prés clairs, les prés sans fin... 
Comme les arbres des féeries 
Des frênes, vagues frondaisons, 
Échelonnent mille horizons 
A ce Sahara de prairies, 
Trèfle, luzerne et blancs gazons, 
Les wagons filent en silence 
Parmi ces sites apaisés. 
Dormez, les vaches! Reposez, 
Doux taureaux de la plaine immense, 
Sous vos cieux à peine irisés! 
Le train glisse sans un murmure, 
Chaque wagon est un salon 
Où l'on cause bas et d'où l'on 
Aime à loisir cette nature 

Faite à souhait pour Fénelon.

Patrick Mathie. Mars 2018

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L
Beau travail, bien documenté et très instructif. Bravo Patrick. Didier
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P
Merci Didier
P
Merci Didier