La guerre de 10 ans dans les environs de la montagne de Morey

Publié le par Histoires de Villages

Les horreurs de la guerre (Peinture de Sebastiaen VRANCX)

Un peu d’Histoire …

La Franche-Comté est actuellement est composée de quatre départements qui correspondent approximativement à l’ancien Comté de Bourgogne appelé aussi Franche-Comté de Bourgogne, territoire qui était sous gouvernement des Pays-Bas espagnols. Son histoire douloureuse au XVIIème siècle, qui a renforcé définitivement le caractère bien trempé et l’identification des Franc-Comtois à leur province, a vu son rattachement au royaume de France par le Traité de Nimègue du 10 août 1678 signé entre la France et les Provinces-Unies. Ce traité est l’épilogue des multiples et longs conflits meurtriés qui opposèrent la plupart des pays de l’Europe de cette époque. Préalablement ces conflits eurent leurs conclusions sur le terrain par les Traités de Westphalie de 1648. Ceux-ci mirent fin d’une part à la Guerre de Quatre-Vingts Ans (dite Révolte des Pays-Bas ou Révolte des Gueux) qui s’étendit de 1568 à 1648 et qui vit la reconnaissance par l’Espagne de l’indépendance des Provinces-Unies protestantes (environ les Pays-Bas actuels), et d’autre part à la Guerre de Trente Ans et a ainsi confirmé le statut de neutralité accordé à la Franche-Comté par le traité conclu en 1644 avec le Cardinal Mazarin et qui mettait fin à la Guerre de Dix Ans (1634-1644) dans cette province.

Cette dernière guerre a opposé d’une part la France du roi Louis XIII avec les cardinaux Richelieu et Mazarin à la manœuvre et d’autre part l’Espagne du roi Philippe IV. Durant ce conflit, notre région a été ravagée par la guerre et les armées ennemies ou amies. Les exactions de certaines d’entre elles, dont en particulier celles des troupes du général Matthias GALLAS, ont laissé des traces indélébiles dans la mémoire collective. A ces malheurs vinrent s’ajouter la famine, des aléas climatiques tenaces et surtout une épidémie de peste terrible qui ont laissé notre province exsangue et décimé la population, puisque on estime que les deux-tiers des Franc-Comtois sont morts durant cette période.

Dans le Bulletin de Mars 2000 des Amis du Vieux Morey et des Environs, Gérard POULNOT retrace avec précision et fait revivre ces temps difficiles et historiques qui ont durement touché notre petit territoire de la Montagne de Morey et les villages aux environs.

Vous en trouverez ci-après la reproduction.

M.LEFEVRE

 

_ La source des commentaires ci-dessus proviennent essentiellement de Wikipédia

 

Les protagonistes principaux

Louis XIII roi de France (Peinture Philippe de CHAMPAIGNE)

Le roi Philippe IV d'Espagne (Peinture de Diego VELASQUEZ)

Cardinal de Richelieu - Ministre de Louis XIII (Peinture de Philippe de CHAMPAIGNE)

Cardinal de Mazarin - Ministre de Louis XIV durant sa régence par sa mère Anne d'Autriche et signataire du Traité de 1644 reconnaissant le statut de neutralité de la Franche-Comté, mais l'Histoire montre que celui-ci ne fût que provisoire ... (Peinture de Nicolas MIGNARD)

 

 

Matthias GALLAS, né à Trente en 1584 et mort à Vienne en 1647, a été un général de l'armée impériale durant la guerre de Trente Ans. Son armée considérée comme la bande la plus cruelle et la plus rapace de ce conflit. (Commentaires tirés de Wikipédia)

Caricature de Matthias GALLAS "qui était d'une taille gigantesque buvait comme un trou et s'empiffrait de façon scandaleuse au vu et au sus de ses soldats affamés" selon les chroniques de l'époque. (Wikipédia) 

 

Signature du traité de Nimègue (Peinture de Henri GASCARD)

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RAY. 15- LES ACTIVITES INDUSTRIEUSES PASSEES DE RAY SUR SAÔNE.

Publié le par Patrick Mathie

J'avais rencontré Paule et Raymond Liard  pour évoquer, avec eux, l'histoire de leur maison sise rue du Château à Ray sur Saône et lui consacrer un chapitre sur ce blog paru précédemment.

C'est une maison vigneronne  avec sa cave, ses anciennes barriques, l'emplacement du pressoir. Ils ont tant de souvenir en ces lieux...souvenirs liés à l'activité d' ingénieur de Raymond, ses recherches dans le domaine des structures métalliques, de la protection de l'environnement, de la permaculture, de l'éthologie avicole et bien d'autres thèmes encore!

La nostalgie ne transparaît que rarement dans leur propos car ils ont toujours été des "découvreurs" tournés vers l'avenir." Toute leur vie a été une quête du savoir qui leur a permis de concrétiser leurs projets". Paule, intéressée par la musique, le théâtre, la poésie s'est toujours vue comme la secrétaire de son mari mais, bien plus que cela, elle a été un appui constant et agissant dans toutes leurs entreprises. Raymond a l'esprit scientifique et humaniste ce qui en fait un citoyen éclairé, rigoureux, exigeant certes, mais très attaché au bien être de l'Homme dans un monde  où la Nature doit être préservée.

Au cours de nos nombreux entretiens Paule et Raymond m'ont indiqué qu'ils avaient développé à Ray sur Saône même, un élevage avicole dont l'objectif était de sélectionner et de conforter par la génétique et l'éthologie, des poussins d'une race nouvelle. Cette activité originale avait vu le jour dans les années cinquante, après la rencontre de Raymond avec Alberte BELLINI, fille de l'inventeur du radiogoniomètre qui habita la maison voisine.

Le passé historique Raylois, déjà si prestigieux, va désormais s'enrichir  d'un volet industriel qu'il importe de faire revivre. Raymond, et je l'en remercie, a accepté de coucher son expérience sur le papier. Ce sera le premier chapitre  des " activités industrieuses de Ray".

Patrick Mathie. Avril 2017

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DANS LE CADRE DES ACTIVITES INDUSTRIEUSES DU PASSE RAYLOIS, AUJOURD’HUI DISPARUES

 

Histoire

 de l’Elevage Avicole

de Ray

par Raymond LIARD

Introduction

Jamais depuis des décennies, on n’a autant parlé de la condition animale en 2016. Physiologistes, neurobiologistes, éthologues, moralistes, voire spiritualistes ne se sont jamais autant exprimés sur la problématique animale dans un monde qui se veut civilisé.

Aujourd’hui en 2017, il ne resterait plus qu’à informer le grand public des connaissances acquises par la science pour régler l’éradication de la faim dans le monde. Bon nombre de graves problèmes écologiques et environnementaux en sont la cause. On constate que la surindustrialisation de la production animale est de plus en plus retirée aux hommes pour la confier à des robots, tellement les conditions de vie imposées aux animaux sont intolérables pour des humains sensibles. On sait de surcroît aujourd’hui que sur le plan économique, c’est un échec à terme, mais aussi sur tous les plans.

C’est pourquoi sur la sollicitation de Patrick Mathie je me suis décidé, ayant eu une expérience inoubliable dans la sélection animale, à aller fouiller dans les greniers de notre maison de Ray et retrouver une vieille malle; j’y avais remisé, non sans nostalgie, les archives d’une activité avicole des années 50, si aboutie en éthologie et dans l’esprit des souhaits éthiques d’ aujourd’hui, qu’il m’a semblé intéressant d’en laisser une mémoire sur son blog .

Le contexte: Ray des années 50.

Dans les années 50, la grande guerre mondiale de 1939/1945 avait changé les mentalités et bien que de nombreuses activités rurales aient disparu, il subsistait encore à Ray : quatre familles d’agriculteurs*, un boucher, un charcutier, un boulanger , deux épiciers, un ferblantier (en conversion de plombier-zingueur-couvreur), une famille de menuisiers, un maçon (qui devint une PME conséquente et un marchand de matériaux), un charpentier, une caisserie, un négociant en bois, quelques familles de bûcherons. En 1960 vint s’installer une famille de pieds-noirs de retour du Maroc dont Pierre Grossetête docteur en médecine.

C’est dans ce contexte économique que se situe l’expérience avicole vécue au village.

Des rencontres

Raymond Liard. Dakar 1950

On dit que le hasard fait bien les choses. Mais après un passage en Afrique et ayant terminé mon temps de service militaire dans le radar et les grands espaces, je ne me voyais pas à 23 ans faire une ‘carrière’ de citadin. C’est en retrouvant la famille d’Ettore Bellini, que j’avais rencontrée quelques années plus tôt, que ma vie s’orienta invraisemblablement vers Ray sur Saône.

Ettore Bellini Dr es Sciences, inventeur du radiogoniomètre** avait une fille Alberte qui tenait de son père la fibre chercheuse, mais orientée vers les merveilles de dame nature et la biologie. Réfugiée durant la guerre de 39/40 dans la propriété familiale de Ray, elle s’était installée un petit élevage avicole d’amateur d’un genre particulier, où elle sélectionnait modestement une race de volaille belge la Campine-Braekel...

Poule et coq Campine- Braekel

..Alberte  fut à l’origine des travaux de la section  avicole de l’Université de Cambridge sous la direction du professeur Pease, chercheur en génétique appliquée sur les transferts de gènes ; particulièrement les gènes visibles sur les plumages attachés au sexe des oiseaux ( les facteurs colorants sex-linked).

Alberte Bellini en 1954

Elle ramena d’Angleterre dans ses bagages une nouvelle race, prototype à stabiliser la ‘Legbar argentée,’ hybridation en cours de perfectionnement de l’Orpington argentée et de la Campine-Braekel ; fruit de son travail à la section avicole de l’Université de Cambridge; elle s’adonnait à son hobby et était intarissable lorsqu’on la lançait sur la transmission du gène  "coucou » chez les oiseaux.

Suite au décès récent de son père, la question des ressources devenait une préoccupation pour la famille. Pour faire court, un projet d’aviculture professionnelle s’élabora entre nous, du fait de nos savoir-faire très complémentaires. Très vite, nous nous aperçûmes que la démarche conventionnelle de cette réalisation entraînait une importante mise de fonds. Celle-ci était disproportionnée aux résultats que l’on était en droit d’espérer l’une et l’autre. Nos objectifs visaient une activité qui nous permettrait de vivre tout en sauvegardant l’intérêt scientifique et une vie rurale indépendante. C’est ainsi que, si nous n’avions que peu de moyens, nous constations que nos savoir-faire et nos goûts du plein air étaient convergents. Associés, nous avions une potentialité hors du commun. Et c’est dans cet esprit pionnier que l’élevage avicole de Ray est né, se développa rapidement, et nous permit de vivre très convenablement une douzaine d’années.

Poules de race Legbar argentée

Comme disent les Australiens du bush :

« Quand on ne peut pas acheter quelque chose, on se le fabrique ».

C’est ainsi que dans l’année d’installation 1952, un atelier de menuiserie et un atelier de ferronnerie intégrés furent réalisés en priorité par nous-mêmes pour fabriquer tout le matériel et les bâtiments nécessaires au développement du projet d’élevage. Je découvrais l’utilité du savoir dans des applications pratiques qu’il me fallait absolument exécuter sans délais. Et je songeais souvent au discours d’accueil de ma promo au CNAM de Paris par le professeur Chouard :« Ici nous avons l’ambition de vous apprendre à apprendre, car toute votre vie sera une quête du savoir afin de concrétiser vos projets». lL ne saura jamais ce que fut la portée de ses paroles dans ce contexte si particulier du « hors système » où je me trouvais….

Deux ans difficiles ont passé, nous sommes en 1954 ; un couvoir d’une capacité de 5.000 œufs, auto-construit dans notre atelier est ma fierté du moment, reléguant d’un coup toutes les petites couveuses archaïques. En entrant en production, il donne une plénitude de moyens à la « généticienne » pour lancer son travail de sélection généalogique. Ce fut la création de la Legbar dorée.

Le couvir de 5000 oeufs entièrement réalisé en autoconstruction.

 

Le petit élevage d’amateur d’Alberte Bellini se transforme en une station de sélection:

Qu’y faisions-nous ? Quelques photos retrouvées et un film d’amateur vont nous aider à remémorer les activités.

Statistiques de ponte.

Contrôle et suivi généalogique des oiseaux (pedigree):

Récolte des oeufs dans les trappestage

Les poules, numérotées par une bague à l’aile, pondent dans des nids individuels (nids trappes relevés toutes les heures) puis leurs œufs sont à leur tour numérotés; ainsi la production individuelle est établie, avec pesée de chaque œuf et consignation sur registre des critères de ponte, du nombre d’œufs, solidité et teinte des coquilles.

 Alberte Bellini identifie les oeufs.                  

Paule Liard contrôle les pontes, le poids des oeufs, leur couleur et leur solidité.

Le couvoir, entièrement réalisé en autoconstruction, permet de couver 5000 oeufs.

Le couvoir de 5000 oeufs entièrement réalisé en autoconstruction.

Identification des poussins à leur naissance

Incubation individuelle des œufs de chaque poule par groupes de cinq œufs dans des  des cases ‘pédigrées’ création maison.

 

Contrôle naissance pedigree.

Pose d’une bague cadenas dans la membrane indolore de l’aile, et sa consignation numérique dans un registre (herd-book).

Vue de la poussinière pour le démarrage des poussins, par groupes identifiés de 100

Tri des bandes de juvéniles sur des critères retenus de productivité et de standard (culling.)

C’est la saison de l’élevage extensif en arches et des travaux de plein air

Groupements de reproduction par sélection (progénie-tests)

Les aptitudes de ponte sont transmises par les coqs, pour le maintien ou l’amélioration de la production d’œufs: nombre annuel, qualité des œufs, solidité et couleur des coquilles etc…

Dix coqs frères issus de poules raçantes couvrent un groupe de cent poules par poulailler de multiplication.

Vue des 5 poulaillers sur le coteau de Ray en 1960:

Le poulailler n°2, seul rescapé de l'épopée avicole en 2017. Il sert d'atelier de jardinage.

 

Ainsi, une nouvelle race est stabilisée et commercialisable.

Autosexables, la Legbar argentée et sa variété dorée sont créées et la saga va continuer.

Poule Legbar argentée

Coq Legbar doré

Avec le développement technique, suit la nécessité d’un développement des ventes:
En plus d’un succès local, de nouveaux débouchés s’ouvrent sur la planète pour de nouvelles races de volailles aux nouvelles propriétés. Nous tombons au bon moment: l’ère du développement d’une aviculture moderne est d’actualité. C’est le temps heureux des clients prestigieux, des relations humaines enrichissantes. Des expositions internationales, des concours et des prix.

Expéditions de poussins à longue distance par avion.

Les poussins placés dans des caisses spéciales prennent le train à la gare de Vellexon...

...puis l'avion à l'aéroport de Bâle. Direction l'Europe, l'Afrique du Nord, les Antilles, la Nouvelle Calédonie... Même "Tante Yvonne", épouse du Général de Gaulle se faisait livrer chaque année  quelques poules et poulets de l'élevage de Ray!

C’est là qu’un été de 1953, une étudiante tout de rouge vêtue et casquée de noir, nous arrive de Paris en moto avec son grand frère, pour visiter l’un des siens Michel, stagiaire à l’élevage de Ray.

Car l’emploi dans l’élevage était essentiellement réservé à des stagiaires au pair, qui devenaient rapidement des amis, travaillant dans la joie pour le gîte et le couvert. Les transferts du savoir allaient bon train. C’était une ambiance d’étudiant Il faut dire que les horaires de travail, les loisirs, les repas étaient pris en commun , réglés par les obligations du service aux oiseaux, et la météo. Ce qu’en voyaient les raylois, c’était surtout les quelques heures de détente où la joyeuse troupe déferlait en été vers la Saône pour une baignade appréciée. Mais le travail partagé nous soudait tous amicalement.

Comme dit Einstein « le hasard c’est Dieu qui chemine incognito »; puisque la nouvelle venue combla rapidement un vide de qualification dans la tenue des fichiers, le secrétariat et le suivi clientèle. Elle fit comme nous tous, elle adapta son bagage de bachotte gréco-latine à la nécessité du moment. Son habileté au piano en fit une dactylographe hors pair, avec pour formation professionnelle un cours Pigier par correspondance qu’elle jugea inutile au bout d’un mois. Quant à nos courriers clients et nos articles pour la presse spécialisée, elle se fit très vite au casque et dictaphone à fil, où je rédigeais mes articles pour la presse avicole en dehors des temps d’activité de groupe.

Paule Boursy qui deviendra Madame Liard.

Et puis, cerise sur le gâteau, on se maria le 9 janvier 1954 devant ce cher Abbé Caravati curé de Ray à cette époque, qui devint notre ami de toujours.

(N.B: il faisait très froid ce 9 janvier. Alberte Bellini avait préparé un chocolat chaud pour les jeunes mariés!).

Paule Boursy laissa son patronyme et devint Paule Liard, ce qui ne l’empêcha pas aux heures creuses de continuer à écrire des poèmes, et de jouer de l’orgue dans les églises.

D’autres concours amicaux épaulèrent notre activité.

Fernand Lécrivain, géomètre de son état et formé aux Beaux Arts de Dijon, qui habitait la maison de notre maire actuel, nous fit profiter de son savoir et de son talent pour créer l’enseigne de l’élevage en vue de la vente à l’international.

L’enseigne retenue pour l’élevage fut un armorial inspiré de la tradition locale et qui, en langue héraldique s’exprime: un meuble in quarto de la Franche-Comté, la roue symbolique de l’Industrie, deux poussins gris cendré et argent à cœur (symbole de notre activité), sur fond de gueule.

Le temps passant, avec nos travaux de sélection nous découvrons l’éthologie, la relation entre aptitudes, hérédité, alimentation, environnement et habitat.

La production se diversifiait rapidement, car on découvrit que nos volailles, plus elles devenaient performantes plus elles étaient sensibles à leur environnement et aux aléas d’une vie rustique. Dans les années 60, on lança donc une production hybride mieux adaptée à la vie dans les fermes, tout en continuant nos lignées de race pure, sélectionnée plus particulièrement pour les professionnels et l’exportation.

Une concurrence américaine sans vergogne:

Si le ciel était bleu à cette époque pour nous, et un bon nombre d’aviculteurs français, (plus de 5000 professionnels en France) on voyait poindre à l’horizon de gros nuages très sombres de la concurrence américaine sans retenues, avec ses moyens considérables et sa production de masse. Je n’en dirai que peu de choses pour en donner une idée: cinq millions de pondeuses à Pétaluma dans la région de San Francisco, ville de six mille habitants spécialisée en aviculture. Cinq ans plus tard, le jour du dumping avicole français arriva, tout un pan de l’activité fut éradiqué en une saison, sans réaction politique. C’est là que je fis connaissance avec l’aviculture à l’américaine et en particulier avec un voisin nouveau venu en Côte d’Or (couvoir de 500.000 œufs) qui donnait des poussins à nos clients pour nous empêcher de vendre les nôtres « dumping ». Un tête à tête épique se termina par l’engagement de ne pas nous nuire pendant une année pour la liquidation de notre exploitation.

Ce fut donc le moment où je m’interrogeai sur le sens de la profession qui entrait dans la spirale infernale d’une course à l’investissement liée à une productivité toujours en progression, et de plus en plus agressive pour les volailles. Système où le producteur est le dernier à être rémunéré, les prises de bénéfice étant réalisées en amont du producteur par les constructeurs, les fournisseurs de matériels, les fournisseurs d’aliments, sans oublier le banquier,.Et pour couronner le tableau des prédateurs, un fisc aveugle et opportuniste.

En bref, dégoûté je repris mon métier d’ingénieur non sans difficultés, et Alberte Bellini se trouva un poste de documentaliste bilingue à l’Ecole d’Agronomie de Toulouse (Purpan). Quant à Paule, elle commença une nouvelle vie avec bien des activités, non rémunérées mais ô combien utiles en terre de désertification…

Raymond et Paule Liard...toujours au travail en 2017!

Cet élevage fut pour nous tous une merveilleuse expérience de retour à la terre, riche en développement de connaissances, dans la plénitude de nos âges, et qui marquera nos vies; une sorte de paradis perdu.

Raymond Liard .Avril 2017

Après les notes, visionnez le film 8mm tourné en 1953 par Raymond Liard et commenté en 2014.

Il montre le quotidien d'une équipe soudée qui a vécu de sa production avicole pendant 12 ans en exportant des poussins vivants sélectionnés, dans le monde entier avant que la concurrence ( déloyale?) américaine ne vienne mettre un terme à son entreprise!

Notes

* Raymond Grenier, Jean Billardey, Alfred Merli, Marcel Depierre, et l’ami René Coulon (que l’on trouva mort dans son champ de patates, usé par des années de labeur.)

**radiogoniomètre: système s’apparentant au radar, voir PROCHAINEMENTdans ce blog: Bellini Ettore, le grand inventeur méconnu du « Radiogoniomètre ».

Documents  disponibles sur demande à raymond.liard@Gmail.com,

gratuitement et rédigé à la lumière de nos expériences :

  • Construction et exploitation d’un poulailler familial, 6 pages
  • Nutrition des gallinacées en élevage extensif, 4 pages

Lien pour avoir une idée de l’industrialisation de l’aviculture que nous exécrons :

https://www.youtube.com/watch?v=6AJfhZDjrzc

Une bien belle saga!

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IL Y A 703 ANS JACQUES DE MOLAY ETAIT BRULE VIF A PARIS .

Publié le par Patrick Mathie

 

"L'Ordre souverain des Chevaliers du Temple de Jérusalem fut fondé en 1128 par Hugues de Payns pour assurer la garde des Lieux Saints de Palestine et protéger les routes des pélerinages. Cette force militaire très bien organisée accompagna toutes les Croisades. Amassant de grandes fortunes par leurs pillages des villes conquises, étant exemptés d'impôts, ils devinrent rapidement très riches et furent sollicités bientôt par les différentes cours d'Europe pour des prêts d'argent. 

Au début du quatorzième siècle, le roi de France Philippe IV le Bel, lourd débiteur de l'Ordre, décide de s'attaquer aux Templiers afin de s'approprier leurs richesses. Guillaume de Nogaret, son Garde des Sceaux, est chargé de mener l'enquête et le procès qui doit éliminer l'Ordre des Templiers. 

Le 13 octobre 1307, Jacques de Molay, le grand-maître, et les 140 Chevaliers de la maison-mère sont arrêtés à l'Hôtel du Temple par Guillaume de Nogaret, sous des chefs d'inculpation douteux (profanation de la croix, idolatrie d'une tête de chat, sodomie), tout comme des centaines d'autres Templiers de Province. 

Le procès dure près de sept ans et, un à un, sous les tortures prodiguées par Guillaume de Nogaret, les Chevaliers du Temple finissent par avouer les crimes qu'on leur impute. Sous la pression de Philippe le Bel, le pape Clément V émet le 3 avril 1312 la bulle Ad providam, annonçant la suppression de l'Ordre. 

Le 18 mars 1314, Jacques de Molay, emprisonné depuis octobre 1307 dans la prison du Temple, est conduit devant la cathédrale de Notre-Dame pour entendre le verdict du procès, en compagnie de Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, de Hugues de Payraud, visiteur général de l'Ordre, et de Geoffroy de Gonneville, Commandeur d'Aquitaine. La sentence des juges est la prison à vie. Mais Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay haranguent la foule en disant que leurs aveux ont été volés, que les Templiers n'ont commis aucun crime et sont victimes d'une machination. Les deux hommes sont alors condamnés au bûcher. 

Le lendemain, 19 mars 1314, sur le bûcher dressé sur l'île aux Juifs, en face du Palais de la Cité, Jacques de Molay s'écrie : 

"Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste chatîment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !"

La malédiction du grand-maître allait s'avérer exact : Clément V meurt le 20 avril 1314 d'étouffement. Philippe le Bel décède dans la nuit du 26 au 27 novembre 1314 d'un ictus cérébral ; ses trois fils mourront dans les 12 années à venir, sans laisser de descendance mâle, mettant ainsi fin à la lignée des Capétiens directs".   REF: vdaucourt.free.fr

Supplice de Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sur l'île aux juifs à Paris
le 18 mars 1314.
miniature dMaître de Virgile provenant des Grandes Chroniques de France, vers 1380 (British Library).
 

Naissance

Jacques de Molay est né dans le village éponyme entre 1242 et 1249. Les ruines de sa  maison natale remaniée sont encore visibles. L'ancien propriétaire des lieux indiquait qu'étant enfant, dans les années cinquante, il avait vu des américains venir se recueillir sur place . Seuls les hommes étaient entrés dans la maison, puis hommes et femmes s'étaient réunis dans le pré voisin pour y faire des incantations....Réminiscence de l'ordre du Temple? mysticisme?...nul ne peut le dire!

Molay

Maison dite " Maison de Jacques de Molay" à Molay 70

 Jacques est le fils aîné d'une famille de petite ou moyenne noblesse. Cette famille, sa jeunesse, son parcours jusqu'à sa réception dans le Temple sont mal connus.

Reproduction du blason de la famille de Molay.

Blason de la famille de Molay

Il est reçu dans l'ordre en 1265 à la commanderie de Beaune par Humbert de Pairaud, qui occupe le poste de « Visiteur de France et d'Angleterre », et en présence d'Amaury de La Roche, maître en France et ami du roi de France Louis IX. Comme le veut la règle, l'aspirant est reçu devant l'ensemble des frères présents, on lui fait lecture de ses devoirs et de ses vœux, puis on lui remet le manteau de l'ordre. Quarante-deux ans plus tard, lors de son procès, il va devoir répondre de l'accusation d'avoir participé à cette occasion à un rituel initiatique scandaleux.

Photo de la petite chapelle de la commanderie de Beaune aujourd'hui.

chapelle de la commanderie de Beaune où Jacques de Molay a été ordonné.

Le Maître de l'Ordre du TEMPLE

Après la mort de Guillaume de Beaujeu, Thibaud Gaudin est élu à la tête de l'ordre. Sa mort précoce au début de l'année 1292 oblige les templiers à une nouvelle élection. L'ordre procède donc comme le veut leur règle à la réunion d'un chapitre à Chypre. Un collège de treize électeurs doit proposer des noms de frères capables d'assumer la fonction. Celle-ci est disputée par Hugues de Pairaud et Jacques de Molay. Ce dernier est élu en avril 1292 grâce au soutien des Comtois et des Bourguignons, assez nombreux sur l'île à cette date.

 

Image illustrative de l'article Jacques de Molay

Blason de Jacques de Molay, grand Maître du Temple.

...En parallèle à la gestion des affaires de l'ordre, il multiplie les rencontres pour obtenir de l'aide en vue de la reconquête de la Terre sainte. Il obtient du royaume de Naples, de l'Aragon et de l'Angleterre le droit, pour les domaines templiers, d'exporter librement vers Chypre les vivres, les armes, les chevaux et l'argent.

À l'automne 1296, après une tournée de trois années, il rentre à Chypre, siège de l'ordre. Il doit contenir les ambitions du roi Henri II d'amoindrir les privilèges et les possessions des templiers sur l'île Ils y sont en effet solidement implantés au point de susciter crainte et convoitise chez Henri : cinq commanderies et quatre châteaux forts auxquels sont rattachés une cinquantaine de domaines ou de villages. Ils y recèlent de nombreuses armes et des tonnes de vivres. En plus de la production agricole, l'ordre pratique le commerce et le négoce, affrète des caraques pour exporter du coton ou du sucre. Il prête de l'argent, se porte garant, aide des familles à récupérer des otages...

L'activité Militaire

...Henri II, Guillaume de Villaret et Jacques de Molay lèvent une flotte en vue d'un raid sur l’Égypte. Les chrétiens, à bord de seize galères et d'une dizaine de petits navires, sont accompagnés d'un émissaire mongol. En juillet 1300, ils pillent Rosette et Alexandrie avant de regagner Chypre. Le butin est considérable et les chrétiens ont envoyé un signe fort à Mahmud Ghazan, démontrant leur détermination à engager le combat projeté. Le chef mongol leur envoie par la suite un message pour les prévenir qu'il a l'intention de lancer bientôt sa campagne et les invite à débarquer en Arménie pour organiser une offensive commune...

Carte de l'offensive franco-mongole de 1300.

L'offensive franco-mongole de 1300-1301 en Terre sainte.

L'arrestation

 ...Le , Jacques de Molay se rend à Paris pour assister aux obsèques de Catherine de Courtenay, épouse de Charles de Valois, frère du roi Philippe le Bel. Il est reçu avec tous les honneurs dus à son rang. Le lendemain, le vendredi 13 octobre, le piège se referme comme prévu et Jacques de Molay et sa suite sont arrêtés, les biens du Temple saisis...

Arrestation des Templiers.

Le Procès

...Dans toute la France, des inquisiteurs interrogent et torturent plus de 138 templiers. Philippe le Bel triomphe, car nombreux sont ceux qui passent aux aveux et ils sont extrêmement graves : reniement du Christ, crachats sur la croix et baisers obscènes lors de l'intronisation, sodomie entre frères, idolâtrie.

Jacques de Molay avoue lui aussi une partie des crimes : reniement et crachat lors de son admission en 1265. Les aveux du grand maître sont rendus publics et portent un coup décisif à la réputation du Temple. Les rois d'Angleterre et d'Aragon, au départ hostiles à Philippe, changent d'avis après ces révélations. Le pape, qui veut reprendre la main, leur ordonne de procéder à l'arrestation des frères présents dans leurs États. En Aragon et à Chypre, les templiers refusent de se soumettre et prennent les armes.

cachot1.jpg

Cachot avec graffitis attribués aux Templiers.

Torture inquisitoriale!

En décembre 1313, le pape nomme une nouvelle commission de trois cardinaux pour juger Jacques de Molay, Hugues de Pairaud, maître de France, Geoffroy de Gonneville, maître d’Aquitaine et de Poitou, et Geoffroy de Charnay, maître de Normandie.

En mars1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay reviennent sur leurs aveux et clament leur innocence et celle du Temple. En conséquence, les juges condamnent Pairaud et Gonneville à la prison à vie, Molay et Charnay au bûcher, condamnés comme relaps pour être retombés dans leurs erreurs. Philippe les livre aux flammes le jour même, sur l'île aux JuifsGeoffroi de Paris, clerc royal et présent lors du bûcher, rapporte l'attitude et les dernières paroles du grand maître :

« Le maître, qui vit le feu prêt, s'est dépouillé immédiatement sans peur, et se mit tout nu en sa chemise. Il ne trembla à aucun moment, bien qu'on le tire et bouscule. Ils l'ont pris pour le lier au poteau, et lui, souriant et joyeux, se laisse faire. Ils lui attachent les mains, mais il leur dit : « Seigneurs au moins, laissez-moi joindre un peu mes mains, et vers Dieu faire oraison, Car c'en est le temps et la saison. Je vois ici mon jugement, où mourir me convient librement. Dieu sait qui a tort et a péché, le malheur s'abattra bientôt sur ceux qui nous condamnent à tort. Dieu vengera notre mort. Seigneur sachez que, en vérité, tous ceux qui nous sont contraires par nous auront à souffrir. En cette foi je veux mourir. Voici ma foi, et je vous prie, que devers la Vierge Marie, dont notre Seigneur le Christ fut né, mon visage vous tournerez ». On lui a accordé sa requête. Et la mort le prit si doucement que chacun s'en émerveilla »

— Geoffroi de Paris, Chronique métrique de Philippe le Bel

Geoffroy de Charnay monte sur le bûcher après lui et prend la parole pour faire l'éloge du grand maître, mort en martyr. Un autre chroniqueur, un Florentin affirmant tenir ses informations d'un parent témoin de la scène, rapporte que les ossements des morts sont recueillis dans la nuit par des religieux et mis à l'abri dans des lieux saints.

 

On dit qu'à Molay, certains soirs de pleine lune, on peut voir une longue silhouette blanche qui erre dans les champs: Jacques de Molay hanterait toujours les lieux!

Ref du texte: https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_de_Molay.

Mise en forme: Patrick Mathie

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CALENDRIER D'ACTIVITES D'HISTOIRE DES VILLAGES et CONFERENCES DES AMIS DU VIEUX MOREY.

Publié le par Patrick Mathie

 

Evelyne JOLY nous informe:

 

 
 
VENDREDI 28 AVRIL 2017
 
pour les membres d'histoire des villages : réunion à la bibliothèque pôle de service de Lavoncourt 11 heures pour décisions sur l'avenir et les projets de la section
 
midi repas ouvert à tous (merci de réserver auprès de jolyevelyne@aol.com ou laisser un message à 03.84.92.09.26) en indiquant votre choix : tête de veau ou porc, tout compris : 16 euros
· Poisson froid mayonnaise
Tête de veau
· ou filet mignon de porc à la moutarde
· moelleux au chocolat
· apéritif vin café
· tout compris 16 euros
ci-dessous, les sujets de la prochaine conférence du samedi 6 mai 14h30 salle intercommunale de Laitre (près de l'église). On vous espère nombreux.
 
LES AMIS DU VIEUX MOREY ET DES ENVIRONS
 présentent:
 
CONFERENCES SALLE INTERCOMMUNALE DE LAITRE
LE SAMEDI 6 MAI - 14 H 30
 
Le forçat innocent par Evelyne Joly et Christian Lambert
 
 
La monographie des villages dépendants de la paroisse de Laitre dont l’auteur est Ferdinand Demongeot de Cintrey, par Didier Laurent 
 
 
Vente de livres et revues.
Verre de l’amitié offert par la mairie de Molay.
 
Conférences gratuites et ouvertes à tous

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VANNE : ANECDOTES , POISSON D'AVRIL ET SAGAS HISTORIQUES...

Publié le par Patrick Mathie

 

C'est la salle des Rencontres de la Mairie de Vanne qui accueillait la deuxième conférence de l'année 2017 .

 

Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".
Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".
Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".
Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".
Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".

Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".

Après l'introduction d'Evelyne JOLY et de Monsieur le Premier Adjoint vient le moment des Anecdotes:

La fête des époux, par Gustave Munier: instituée par le Directoire elle règle "les bonnes moeurs" entre maris et femmes... la fête à lieu chaque 29 avril.

Un accident à Vanne en 1880: la victime âgée de 84 ans, souffrant d'un bras cassé se voit prescrire "un arrêt de travail" de 15 jours par le médecin Huguet! La retraite n'existait pas et la médecine était expéditive!

Un taureau furieux, par Gérard Vergnaud: après avoir honoré une vache, le taureau communal refuse de regagner l'étable et se retourne contre son gardien  qui le frappe à coups de bâtons. Il l'encorne contre un mur. Deux médecins ne pourront sauver le pâtre!

Promesses non tenues suite à une confession, par Elisabeth Forterre: le curé du village se plaint à son évêque du non respect de la promesse de fidélité conjugale faite par un paroissien...l'évêque lui répond qu'il faut tenir compte de la faiblesse humaine et ne pas exiger trop de ses ouailles!

Les joueurs de quilles de Vanne à l'heure des Vêpres, par Colette Sauty: En 1773, 5 jeunes de Vanne sont surpris à jouer aux quilles le dimanche alors qu'ils devaient être aux vêpres. Ils sont condamnés par la justice du seigneur de Ray à 50 livres d'amende!

 

La mise à sac de Rupt sur Saône pendant la Révolution française, par Christian Lambert.

Les prêtres en poste ont été remplacés par des prêtres ayant prêté serment à la République. Mais les habitants de Vanne et de Rupt ne vont pas à la messe dite par le nouveau curé qui a des moeurs dissolues, les insulte et les menace. Il s'en plaint à son évêque qui décide de venir  sermonner les récalcitrants avec l'aide de... la garde nationale! Les esprits s'échauffent, on cherche du vin, le pillage de Rupt commence, les filles auront les cheveux coupés ( tiens cela rappelle quelque chose!) on taillera les oreilles en pointes aux hommes et on mettra le feu au château! Les coupables ne seront pas inquiétés!

 

 

Vanne et les aléas de l'histoire, par Philippe Laville

L'histoire de Vanne est liée au fait que le village se situait sur des lieux de passages depuis l'époque romaine. Qui dit lieux de passage dit aussi risque d'envahissement! Ce fut le cas de Vanne qui eut à subir les conséquences des conflits entre la France et la Comté. Les armées régulières, les routiers, les écorcheurs, les retondeurs, les suédois... dévastèrent la région pendant des dizaines d'années. Vanne ne comptait plus que 16 foyers avant de retrouver petit à petit une population plus importante qui atteignit à son maximum 400 habitants.

 

Vanne, au temps de la Contrebande!

par Patrick Mathie,  avec la collaboration d'André Joly.

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Les recherches aux Archives départementales de Haute Saône conduisent parfois à faire des découvertes inattendues et même surprenantes.

Préparant une intervention future sur Vanne nous avons découvert dans les archives de la commune, un document manuscrit et défraîchi, inséré entre les pages du registre des compte- rendus du Conseil municipal de l’année 1911: il comprenait un billet froissé aux bords déchirés, adressé à Monsieur le Maire épinglé sur un document, un rapport -c’était son intitulé- de plusieurs feuillets émanant d’un certain Jacques Auguste HUGUET .

Le billet était écrit maladroitement, au crayon, sur du papier quadrillé. Nous avons pu le déchiffrer.Il disait ceci : « Mossieur le Maire , savé vous que il sans passe de belles dans votre vilage ? Savé vous qu’on fume du tabac pas cher à Vanne ? Demandé voir à l’épicerie Charpiot pourquoi le soir à la nuit, les hommes rentre dans le magazin Charpiot et ressorte avec les poches plaines. Cé pas normal ! A bon nentendeur salut ! Signé :X » C’était un billet anonyme !

L’écriture et l’orthographe plus qu’hésitantes n’étaient pas celles d’un lettré, à moins que le délateur ait voulu ainsi brouiller encore plus les pistes ! Il est vrai qu’une lettre anonyme est rarement signée du nom de son auteur ! Seul indice : l’enveloppe adressée au Maire de Vanne portait le cachet de la poste de Ray sur Saône en date du 13 juillet 1911 !

Il est logique de penser que le Maire du village ait voulu mener son enquête pour s’assurer de la véracité de ces propos avant de contacter la gendarmerie. Il se trouve que parmi ses administrés figurait un dénommé Jacques Auguste HUGUET dont la profession de « revuiste scientifique et historique » le conduisait à effectuer des recherches, à rédiger et à publier des articles. (Nous avons appris , par la suite, en recherchant dans sa généalogie, qu’il était aussi médecin).

Le Maire, qui devait connaître ses qualités et sa discrétion, lui avait demandé de mener une enquête non officielle, car même si le billet anonyme semblait des plus farfelus il ne fallait pas prendre le risque de passer à côté d’une affaire portant préjudice à la communauté et à la République dont il se disait le digne représentant.

Effectivement, le rapport était adressé au Maire avec la mention « Confidentiel » et signé de la main de son auteur. Il n’est pas possible ici de le lire dans son intégralité en raison de sa longueur. Nous nous attacherons à en faire le résumé le plus fidèle possible et à en donner les extraits les plus explicites.

« Monsieur, le Maire, disait-il en préambule, j’ai terminé la tâche que vous m’aviez confiée et je suis en mesure de porter aujourd’hui à votre connaissance les faits que j’ai pu vérifier en personne ».

Jacques Auguste s’était adjoint les services d’un homme en qui il avait toute confiance, le garde forestier Louis Isidore CADET dont le képi et la plaque pectorale officielle en imposait aux habitants dudit Vanne ! Allant par monts et par vaux, fréquentant les bois communaux, la plaine et les rives de Saône il connaissait les moindres recoins du finage ! C’est ainsi qu’à la nuit tombée, pendant plusieurs jours il s’était discrètement posté derrière un tas de fumier, des tonneaux ou encore sous la charrette d’Emile CHARPIOT, marchand forain, dont la femme Louise et la fille Blanche tenaient l’épicerie éponyme !

Le troisième soir de veille, alors que l’épicerie avait fermé depuis longtemps, des ombres furtives s’étaient glissées le long du mur du magasin. On avait frappé à la vitre de la porte d’entrée, celle-ci s’était ouverte et 3 hommes s’étaient vivement introduits dans la boutique. Ils en ressortaient quelques instants plus tard, les poches gonflées. L’un deux avait chuchoté « Bon cette fois, l’Emile en a reçu une bonne quantité on pourra fumer jusqu’au prochain passage de la péniche…allez dépêchons nous de rentrer ! » Et ils s’étaient évanouis dans l’obscurité.

« Grâce à une surveillance de l’épicerie Charpiot nous avons eu le début d’une piste : il semblait qu’effectivement on vienne se fournir en tabac à rouler auprès de la Louise, du tabac de contrebande transporté sans doute par des mariniers de la Saône » poursuivait l’homme de lettres.

C’est en septembre que l’affaire avait pu être élucidée par les deux compères.

Satisfaisant un besoin naturel derrière un gros buisson, près de la maison du pêcheur Léon François Roussey , Jacques Auguste avait vu arriver à vélo, tout essoufflé, Félix MEY cantonnier et éclusier de la Saône. Il avait posé sa bécane contre le mur et s’était engouffré dans le couloir « Léon, Léon c’est pour ce soir »… s’était il écrié et il avait poursuivi, ne se doutant pas que ces propos étaient captés par le revuiste : « Cette fois c’est la péniche Flandre qui s’est amarrée pour la nuit en amont de l’écluse »

- Le patron est sûr ? tu le connais ? » s’était enquit le Léon.

- Si je le connais ? c’est le Jarné De Vos, il vient de Liège en Belgique avec un chargement de charbon pour Gray ! A chaque fois qu’il passe à l’écluse il m’achète un poulet ou un lapin je lui donne de la salade et il me livre un petit tonneau de bière belge…je t’en ferai goûter !

-Bon, dans ce cas je vais prévenir le Jean et l’Amédée pour qu’ils viennent me donner un coup de main avec la barque …si le Louis est disponible il fera le guet, cette nuit c’est pleine lune! »

Le Jean c’était Jean Etienne Boussard, cantonnier de son état , dont on disait qu’il avait plus de corne sous le menton qu’aux mains tant il passait de temps à méditer sur la dureté de l’existence, la mandibule pressant ses doigts croisés sur le manche de la pelle ! Son jeune frère Amédée Boussard lui, n’avait pas réussi son examen d’entrée à cause d’un problème de calcul de surface et n’avait donc pu intégrer cette noble corporation vicinale ; il était simple ouvrier agricole certes, mais doté d’une force peu commune et le cal de ses mains prouvait la constante de son activité manuelle. Quant au Louis Ménétrier (tel était son nom de famille) il était chef cantonnier et le faisait savoir !

Jacques Auguste Huguet s’empressa de noter toutes ces informations sur le petit carnet qui ne le quittait jamais et rentra à son domicile. En fin d’après midi le garde forestier fut informé de la situation et le plan de bataille échafaudé : Jacques Auguste se tiendrait à la nuit dans les parages de l’épicerie et Louis Isidore se rendrait en bordure de Saône à proximité du lieu de mouillage de la péniche « Flandre ».

Le récit se poursuit sous la plume d’Huguet :

« Le garde forestier a bien trouvé la péniche Flandre au mouillage comme indiqué par Mey, des bâches protégeaient sa précieuse cargaison de charbon. Il s’est dissimulé dans les hautes herbes sous un saule. Vers vingt deux heures il a entendu des clapotis et des raclements. Une barque maniée à l’aide d’une perche, par deux hommes ,venait d’aborder la péniche. La clarté de la lune lui a permis de reconnaître le pêcheur Léon Roussey et Jean Boussard. Le premier est monté sur la péniche. Une conversation à voix basse s’est engagée avec le patron du bateau qui s’exprimait avec un fort accent belge. Des paquets ont été déposés dans la barque à fond plat et maintenus par des cordages. La barque a ensuite quitté le bord et s’est dirigée vers l’aval. Louis Isidore Cadet sous le couvert des saules en a suivi la progression. Elle s’est engagée dans l’embouchure du ruisseau qui vient de la fontaine du village et traverse la prairie. Le garde forestier a compris le stratagème : ils allaient remonter le ruisseau pour atteindre la petite Venise à l’entrée de Vanne ! »

Il a coupé dans la prairie, se dissimulant derrière les haies, à bonne distance des bateliers. Il fallait le faire ! Remonter le cours d’un ruisseau si peu profond avec une barque, personne n’aurait pu imaginer cela ! Arrivé à l’entrée du village il vit deux silhouettes qui arpentaient le revêtement caillouteux de la route de Ray qui luisait au clair de lune : l’Amédée et le Louis faisaient le guet afin de signaler l’éventuel passage des pandores à bicyclette en tournée de surveillance! Peu de temps après, 3 coups de sifflets brefs, la barque approchait. Louis s’engagea en éclaireur sur la route longeant la petite Venise. Amédée, lui, attrapa le cordage qu’on lui lança depuis la plate et se mit à haler l’embarcation et son chargement avec vigueur.

« Les hommes, sans bruit, ont amené la barque à quelques dizaines de mètres de la fontaine, dans le quartier de la Petite Venise. Pendant ce temps, Emile Charpiot avait avancé son attelage jusqu’au point de rendez vous. Il avait pris la précaution d’entourer les sabots du cheval avec des sacs de jute, mais les roues cerclées de fer faisaient un bruit d’enfer ! Les cordes furent détachées et le transbordement des paquets commença. Tout se passait pour le mieux quand soudain un paquet tomba dans le ruisseau et partit au fil du courant. L’un des hommes se précipita pour le récupérer. Il l’avait agrippé quand une pierre aiguë le déchira et une partie de son contenu s’échappa. Louis Isidore a pu récupérer, en aval, quelques uns des petits paquets qui voguaient sur l’eau. Ils portaient l’Inscription : Tabac à rouler. Semois supérieur. Fabriqué en Belgique ! …

La charrette de Charpiot a été vivement garée dans la grange et les vantaux refermés en silence. Le pêcheur a reconduit sa barque jusqu’à la Saône. Il devait être aux environs de minuit…

Pas de doute nous avons à faire à de la contrebande de tabac belge dont Charpiot est sans doute le principal commanditaire. Sa profession de marchand forain lui permet d’écouler son stock non seulement à Vanne mais aussi dans les villages alentours auprès des habitués». Telle était la conclusion de l’espion.

On ne sait pourquoi le rapport « confidentiel » d’Huguet s’est retrouvé dans le registre des délibérations du Conseil de Vanne et ce qu’il est advenu par la suite. On peut penser que le Maire avait des relations avec certains mis en cause et qu’il a dû « étouffer l’affaire ». Mais on sait désormais- et c’est surprenant- que la Petite Venise de Vanne, à défaut de gondoles, voyait nuitamment et périodiquement passer des barques chargées de tabac !

On peut imaginer aussi que le Maire, afin de remercier Huguet et Cadet, et peut être de s’assurer de leur silence… les a invités à l’Auberge Paris de Charentenay pour déguster une délicieuse pochouse ou un goûteux poisson de la Saône…

C'était.. un poisson d’AVRIL, bien sûr!

Patrick MATHIE .Avril 2017

Merci aux intervenants, aux spectateurs fidèles et nouveaux, ainsi qu'à la Municipalité de Vanne pour son accueil.

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