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Association " Les Amis de nos Vieux Villages Haut Saonois". Recherche et communication sur le Patrimoine des villages de Haute Saône

Pascal Dagnan Bouveret, un peintre de Quincey.

Pascal Dagnan Bouveret.

 

Daniel Sassi a consacré un ouvrage au peintre Dagnan-Bouveret propriétaire à Quincey et décédé dans cette ville de Haute Saône en 1929.

Daniel SASSI présentant  sa biographie de Pascal Dagnan Bouveret en 2015.

 

Maison du peintre, rue de la Craie à Quincey 70

 

"IL FUT L’ÉLÈVE de Jean-Léon Gérôme, le peintre et sculpteur né à Vesoul en 1824, à qui le musée Georges-Garret de Vesoul consacre une grande partie de ses collections. Seize tableaux montrent le talent de cet élève, Jean-Adolphe-Pascal Dagnan-Bouveret.

Peu de temps après sa naissance en 1852, les parents de JAP Dagnan quittent la France pour le Brésil où le jeune enfant perd sa maman alors qu’il n’a que 6 ans. Ce sont ses grands-parents maternels qui assureront, en France, l’éducation du garçon. Ils l’aideront matériellement quand il abandonne ses études à 16 ans pour monter à Paris. Un de ses cousins, le peintre Boulard, l’accueille dans son atelier où il rencontre le renommé Jean-Baptiste Corot. Lequel lui inculque que « la sincérité est la qualité première d’un artiste ». Ce qu’évoque Daniel Sassi de Quincey qui a consacré un ouvrage à Dagnan-Bouveret.

Toujours en recherche de la perfection

C’est en 1869 que l’artiste entre aux Beaux-Arts et rejoint l’atelier de Gérôme. Où il retrouve Gustave Courtois, un autre Haut-Saônois. Celui-ci lui vante les charmes de la vallée de la Saône qu’il découvre lors de séjours. À Corre, il rencontre la cousine de Gustave Courtois, Anne-Marie Walter, qu’il épouse en 1879, cinq ans après avoir achevé « Atalante », sa première œuvre.

Il s’enracine alors en Haute-Saône et trouve son inspiration dans des sujets naturalistes ou scènes de genre. Il installe plusieurs ateliers et s’établit à Quincey, près de Vesoul, sans pour autant délaisser Paris, où il se distingue aux Beaux-Arts. Et ouvre un atelier avec son ami Gustave Courtois.

Toujours en recherche de la perfection, Dagnan se renouvelle constamment. Apprécié de riches collectionneurs, il devient le portraitiste d’une classe aisée, jusqu’aux États-Unis. Alors que son maître Gérôme encourage ses élèves à s’inspirer de l’histoire ancienne, Dagnan, s’étant vu évincer une seconde fois au concours de Rome, s’oriente sur la nature, les visages humains, les scènes de la vie. Comme « Noce chez le photographe », « Chevaux à l’abreuvoir », « Bénédiction des jeunes époux »…

La carrière du peintre est couronnée de multiples récompenses et de nombreuses commandes de l’État.

À la fin de sa vie, « il devient un des peintres de l’école académique les plus attaqués par les critiques mais sa peinture naturaliste est aujourd’hui redécouverte et appréciée », selon un ouvrage du musée Georges-Garret Vesoul.

Dagnan-Bouveret a inauguré à Vesoul la statue de Jean-Léon Gérôme en 1913, aujourd’hui installé devant le lycée qui porte son nom.

Au soir de sa vie, après avoir perdu son fils unique puis son épouse, l’artiste met ses dernières forces à terminer une immense toile reflétant son mysticisme. Las, son décès en 1929 à l’âge de 77 ans, laissera « Via Dolorosa » inachevée."

Par Catherine HENRY - 10 août 2015. Est Republicain

 

Pascal Dagnan Bouveret, qui fut second grand prix de Rome, était un grand ami du peintre Muenier avec lequel il fit des séjours en Afrique du Nord. La photo qui suit le représente avec Pierre, le fils de Muenier, sans doute à Coulevon dans la propriété de Jules Alexis Muenier, domaine ayant appartenu auparavant à Gérôme. Jules Alexis  était particulièrement intéressé par la photographie.

 

Quelques oeuvres de l'artiste:

Atalante Victorieuse. 1874

Un accident. 1879

En forêt. Musée de Nancy

Les conscrits.

Un pardon en Bretagne. Museum of Art, New York

La Blanchisseuse

Copiste à l'aquarelle au Louvre

Bouderie, atelier du peintre Courtois. 1880

Le pain béni 1885.

Portrait du peintre Courtois. Musée de Besançon.

Portrait de Fanny Thérèse Reinbach 1896.

 

ANALYSE: Une noce chez le photographe, Dagnan-Bouveret.

Par Céline GIRAUD

Deuxième temps, revue numérique de l'Art.

"Il suffit d’un regard sur ce tableau pour reconnaître le type de scène que nous présente le peintre. Nous nous trouvons entre 1878 et 1879, face à un instant de vie que l’on connaît tous plus ou moins et qui existe aujourd’hui encore : la prise en photographie d’un couple de jeunes épousés. Mais le peintre nous montre-t-il seulement un instantané tiré du quotidien de ces mariés du XIXe siècle ?

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Pascal Adolphe Jean Dagnan-Bouveret (1852-1929), décembre 1878 – mars 1879, huile sur toile, 85 x 122 cm, Musée des Beaux-Arts de Lyon, © Réunion des musées nationaux

Les mariés et leur entourage

dagnan_bouveret_une_noce_chez_le_photographe-1Toutes les lignes du tableau font d’abord converger notre regard vers ceux qui sont au centre de l’attention. La présence de la verrière met aussi le couple en valeur, puisqu’il s’agit de l’unique source lumineuse dans l’image, placée au dessus d’eux. Ils sont aussi les seuls à nous faire face et à se détacher des autres personnages. En les observant, on est bien renseignés sur les coutumes liées au mariage à ce moment là. Au bras d’un marié élégant, la mariée est vêtue de blanc, ce qui n’était pas encore aussi courant qu’aujourd’hui. Dans les campagnes françaises, les tenues de couleur ont d’ailleurs encore largement été de mise jusqu’au début du XXe siècle. Il semble donc qu’il s’agisse d’un couple qui connait les modes en vogue dans la capitale, comme le confirme la présence de fleurs en couronne et sur sa robe.

 

Aux pieds de la jeune femme se trouve un personnage plus difficile à identifier. Cette dernière rectifie les plis de la robe pour la photographie, et pourrait être la mère de la mariée. Sa tenue est beaucoup plus simple, comme pour la majorité de l’entourage du couple présent, mais elle porte au doigt un bijoux qui semble précieux. De même, elle est installée sur un fauteuil, ce qui atteste sa position.

Sur la gauche, la famille est représentée comme un groupe compact en pleine discussion. Ils forment une entité, marquée par la présence d’un homme qui nous tourne le dos, assis sur un fauteuil. Il pourrait s’agir du père d’un des mariés, entourant le jeune couple avec la mère. Leur présence encadrante et attentive signifie peut-être qu’il s’agit d’un mariage arrangé : cette pratique était encore très courante, notamment dans la bourgeoisie. On remarque d’ailleurs l’air presque absent du marié, qui pourrait accentuer cette idée.

Une scène de genre déguisée

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Dagnan-Bouveret, La bénédiction du couple avant le mariage, huile sur toile, 1880-1881. (C.) Wikimedia

De ce point de vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’une critique du mariage. Mais cela paraîtrait étonnant, puisque le peintre était lui-même fiancé à une femme qu’il aimait au moment où il a peint ce tableau. Très attaché aux traditions religieuses, il a d’ailleurs aussi représenté l’aspect sacré du mariage peu après (ici à gauche). C’est donc plutôt une scène de genre qu’il faut reconnaître ici : au moment de sa présentation au Salon de 1879, ce tableau a justement été taxé de « comique » par ses contemporains(1).

 

Certains détails moquent gentiment le mariage et la scène à laquelle on assiste. On constate d’abord que le couple se trouve sur une estrade, entouré de nombreux rideaux. A cela s’ajoute la présence de différents décors dans le fond, qui donnent l’impression qu’ils se trouvent métaphoriquement dans le « théâtre » de la vie de couple, dans lequel chacun joue un rôle. On remarque aussi la présence de ce qui semble être une huître ouverte sur la commode qui se trouve sur la gauche. Il semble étrange de la trouver ici, mais il faut se souvenir qu’elle représente d’abord le sexe féminin en peinture. S’agit-il d’un sous-entendu lié à la virginité de la mariée ? En tout cas, l’huître est aussi un symbole de vanité : son aspect périssable peut dont être vu comme un rappel de la fragilité du mariage. Le peintre a tout de même également fait figurer deux livres, de chaque côté du mollusque. Ils sont peut-être là pour rappeler la bible et le sérieux de cet engagement.

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Dagnan-Bouveret, Une noce chez le photographe, 1878-1879, détail

Si on regarde attentivement la composition, on peut justement retrouver cette ambivalence et diviser la scène en deux parties. On repère d’abord ce qui se trouve devant le photographe, à savoir la famille qui entoure les mariés. Derrière lui et sur les côtés de la pièce, les éléments rappellent parfaitement le fonctionnement de la scène de genre. Au delà du détail de l’huître, une petite fille regarde dans notre direction, l’air ennuyé par cet événement. Mais surtout en bas à droite, on assiste au tourment d’un petit garçon par un homme qui lui souffle de la fumée sur le visage.

 

On est donc sortis de l’aspect solennel de l’engagement, pour assister à un instantané plus réaliste. Les mariés mis à part, les personnages ne posent pas. C’est donc aussi une scène courante que le peintre a souhaité représenter. Mais dans ce cas, pourquoi la figurer dans un atelier de photographe ?

Peinture versus photographie

Le premier élément de réponse tient au caractère naturaliste de cette toile. A la manière d’Émile Zola dans les Rougon-Macquart, l’artiste ancre cette image dans son temps et nous raconte la réalité de la vie de ces personnages. La photographie est une invention de ce siècle, et était très à la mode à ce moment là. En nous montrant les mariés dans un studio de photographie, il nous renseigne aussi sur leurs moyens financiers, puisque cette pratique était encore loin d’être accessible à tous.

Mais surtout, il faut se rappeler de la concurrence qui était née entre peinture et photographie. Car comment rivaliser avec un mode d’enregistrement plus rapide, fidèle à la réalité, et moins cher ? L’artiste répond à cette question dans ce tableau. On remarque que le photographe devient anonyme et réduit à sa fonction : il n’est là que pour enregistrer la scène. Sa position dans la pièce montre bien qu’il ne témoignera que d’une partie de ce qu’on voit. Le peintre lui, l’englobe dans son ensemble. En plus de faire figurer tous les personnages présents, il choisit de représenter un instant très précis, comme s’il avait capturé l’action en une seconde. Cela non plus, l’appareil photographique n’était pas encore capable de le faire, puisqu’un long temps de pose était encore nécessaire. Les images étaient également bien moins détaillées qu’aujourd’hui.

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Dagnan-Bouveret, Une noce chez le photographe, 1878-1879, détail

Il concurrence donc clairement cette technologie en proposant un foisonnement de détails, ce qui l’ancre encore dans le naturalisme. C’est un studio de photographie réaliste qu’il nous propose : parquet abîmé, verrière aux rideaux régis par un système de cordages minutieusement reproduit, et même pancarte précisant aux clients de bien effectuer un dépôt en posant.

 

L’exécution des tenues, des accessoires des personnages et de toutes les matières présentes est tout aussi précisément exécuté. On sait d’ailleurs qu’il avait passé du temps dans un studio de photographie pour être le plus réaliste et exact possible dans son travail. C’est finalement par son travail des couleurs qu’il assène le coup de grâce à la photographie. Il propose au spectateur une grande variété de coloris, travaillés tant dans le décor que sur les tenues des personnages. Face à cela, un cliché en noir et blanc faisait difficilement le poids.

Avec cette toile, Dagnan-Bouveret nous montre donc bien plus que de simples « noces chez un photographe ». On peut d’abord y voir une critique amusante et discrète de la petite bourgeoisie parisienne, qui suivait les modes de la capitale. Mais finalement, c’est surtout une mise au défi de la technique photographique que le peintre nous propose, posant la question cruciale de la concurrence entre peinture et photographie au XIXe siècle".

Céline Giraud

1 Notamment dans L’art moderne d’Huysmans en 1883.

 

Patrick Mathie 23.12.2021 

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