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Chroniques de nos Villages Saônois.

Association " Les Amis de nos Vieux Villages Haut Saonois". Recherche et communication sur le Patrimoine des villages de Haute Saône

LE CENTRE REGIONAL DE RESTAURATION ET DE CONSERVATION DES OEUVRES D'ART FAIT RAYONNER LE SAVOIR FAIRE HAUT SAONOIS DANS LE MONDE

Beaucoup d'entre nous connaissent la Mission Patrimoine de Stéphane Bern dont l'objectif est de récolter des fonds pour lancer des projets de préservation et de restauration de monuments ou d'oeuvres d'art. L'année 2018 a été un succès puisque la vente des tickets à gratter a rapporté près de 50 000 000 d'euros qui vont être investis dans des projets sélectionnés...

Mais... à l'Association "Les Amis de Nos vieux villages haut saônois" nous ne connaissions pas très bien le CRRCO de Vesoul, qui depuis trente ans -et  avec un budget annuel de 500 000 euros- restaure des oeuvres d'art, en Haute Saône, en Région Bourgogne-Franche Comté, en France et dans le monde entier où son savoir faire est reconnu.

Cette lacune vient d'être comblée grâce à l'initiative conjointe d'un de nos adhérents Frédéric LAVILLE et du responsable du centre Aubert GERARD qui, pendant trois heures, a accepté de conduire la visite, de nous faire rencontrer ses collaborateurs au travail et de nous expliquer en quoi consistait la préservation du patrimoine sur le terrain.

Les adhérents des AVVHS et, à gauche, Aubert Gérard responsable du CRRCOA.

Préserver le Patrimoine  c'est conserver, à long terme, les oeuvres d'art par des interventions efficaces et réversibles (il faut penser que dans plusieurs dizaines d'années des techniques nouvelles seront disponibles et que le travail des futurs restaurateurs ne doit pas être rendu impossible par des interventions définitives qui, avec l'évolution de l'oeuvre dans le temps, se révéleraient impossible à appliquer ).

Aubert GERARD

Le responsable du centre  a bien insisté sur les actions " basiques" de la conservation des oeuvres: en premier il faut éviter les trop grandes amplitudes de température et d'hygrométrie dans les lieux de conservation car les différents composants travaillent de manière différente lorsqu'ils sont soumis à des changements brutaux d'atmosphère, ce qui peut conduire -par exemple- au décollement de la surface picturale d'un tableau,  à l'apparition de sels minéraux dans la pierre d'une statue. La trop grande humidité, elle, est propice au développement de champignons ou de bactéries qui se nourrissent des supports organiques ( colle, bois...)

 

Des adhérents attentifs!

La conservation préventive est primordiale. Grâce à son expertise le CRRCOA  préconise des actions à mettre en oeuvre qu'elles concernent l'environnement, l'aération, la ventilation, la température ou encore l'entretien général.

La conservation curative  a pour objet de stopper le processus d'altération. Pour cela l'évaluation précise du niveau de dégradation de l'oeuvre est indispensable. Différentes techniques scientifiques sont mises en oeuvre qui font appel au laboratoire de recherche des Musées de France ou au laboratoire d'analyse de l'Université de Clermont Ferrand.

Une analyse par Rayon X permet de voir ce qui se passe à l'intérieur de certaines oeuvres et de mieux en comprendre la structure avant travaux.

Analyse aux rayons X d'une statuette en bois.

La lutte biologique. Le centre dispose d'importants moyens de lutte contre les insectes xylophages ou les champignons qui attaquent les matériaux organiques:

 

Le traitement progressif à l'azote, dans une bulle hermétique , à une température constante comprise entre 20°C et 25°C et à une humidité relative de 50 à 60%, va faire baisser graduellement le taux d'oxygène jusqu'à descendre à une valeur de 0,1% . Appliqué pendant plusieurs semaines il détruit l'ensemble des populations d'insectes (visibles et invisibles) qui se trouvent dans l'oeuvre à traiter..

 

Dans la salle d'anoxie statique!

Quiconque tenterait se séjourner dans la bulle en fonctionnement perdrait rapidement conscience puis décéderait en quelques minutes par privation d'oxygène!

La restauration proprement dite. Elle consiste à intervenir directement sur l'oeuvre afin de la rendre plus "lisible" tout en préservant son intégrité physique,esthétique et historique .

L'ATELIER SCULPTURE:

 

Cette statue monumentale d'Armand BLOCH de Belfort a été taillée dans un fut de chêne. Aubert GERARD explique qu'en séchant, le bois se rétracte et fait apparaître des fissures verticales que l'artiste a comblées avec des languettes de bois.

Elle était "en attente " depuis de nombreuses années dans une usine désaffectée de Lepuix-Gy. Sa sortie des lieux et son transport n'ont pas été faciles jusqu'à Vesoul car "le bûcheron" pèse près de 800 kg! Sa restauration est presque achevée et elle reprendra bientôt le chemin du Territoire de Belfort!

 

Enlèvement de la statue à LEPUIX GY. Photo Est Republicain.

 

Anonyme, Armand Bloch dans son atelier posant près de sa sculpture Supplicié, fin de la flagellation, vers 1902, photographie contrecollée sur carton .

© Montbéliard, musée du château des Ducs de Wurtemberg

 

 

Ces plaques de terre cuite en haut relief sont des survivantes! Aubert nous précise qu'elle ont été retrouvées dans des poubelles quand le curé de la cathédrale Saint Christophe de Belfort a décidé de se débarrasser de son ancien chemin de croix !

Le "Chemin de Croix de Champigneulle" a été réalisé en 1863 et est constitué de 14 plaques en haut relief en terre cuite, d’un poids total évalué à environ une tonne cinq. Il a été déposé en 1978 aux Musées de la Ville.  ref: Fondation de France.

Evelyne Joly et son amie "la Vierge terrassant le serpent", de Grandecourt.

Un agrandissement montre le pied nu de la vierge écrasant le serpent.

"Je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et toute la puissance de l'ennemi" lit-on dans l'évangile de Luc 10. 19. Depuis Adam et Eve, le serpent incarne la tentation pour la religion chrétienne alors que la civilisation grecque le présente comme bénéfique.

Interprétation:La Vierge, en écrasant le serpent, triomphe du mal... 

 

La Vierge de Saint Valbert. Jésus a retrouvé sa tête.

Une importante documentation.

Des adhérents en grande discussion avec la responsable de l'atelier.

Un jeune restaurateur diplômé de l'Ecole du Patrimoine ( 5 ans d'études minimum), originaire de Haute Saône, est venu renforcer l'équipe des 15 intervenants

L'ATELIER MOBILIER:

Ce haut relief en bois (Poligny)  qui était à l'origine polychrome a été entièrement décapé par des restaurateurs amateurs et inconscients! Le bois a été tellement attaqué que les galeries des insectes xylophages sont maintenant apparentes. Le travail de restauration par les spécialistes s'avère ardu!

Modernité, technicité et antiquité se marient dans un savant mélange...

L'ATELIER TEXTILE

 

Document CRRCOA.

Tapisseries, tapis, costumes et accessoires, drapeaux et bannières, poupées, marionnettes, textiles archéologiques sont au menu de cet atelier qui utilise le "point de Boulogne " réalisé à l'aide de fils de soie très fins.

 

L'ATELIER PEINTURE

Avant de s'attaquer à la restauration d'un tableau il faut s'assurer de la bonne tenue de la toile qui supporte la couche picturale. Les toiles peuvent être désolidarisées du châssis et mise en tension sur un châssis spécial réglable.

 

Intervention sur un tableau appartenant à la commune de Mont Sous Vaudrey . Il commémore la présentation des drapeaux au Président de la République Jules Grevy ( présidence de 1879 à 1887) né à Mont Sous Vaudrey en 1807 et décédé en 1891. L'oeuvre du peintre Jules Garnier comporte beaucoup de boursouflures dues à l'humidité, que la restauration viendra effacer.

 

 

Intervention sur un tableau rhénan du Moyen âge. Le support est en bois de résineux.

 

Le CRRCOA de Vesoul  travaille également sur des oeuvres majeures. Le document de présentation remis à chacun des visiteurs le rappelle:

-Lit  de l'impératrice Eugénie à Compiègne

- Retable de Pont à Mousson

-Panneau x de laque du paquebot Normandie à Marseille

-Retable d'Issenheim à Colmar

-Horloge astronomique de Strasbourg

- Sarcophage égyptien à Doha (Qatar)

- Mammouth Yukagir en Sibérie

-...

Nul n'est prophète en son pays!

Le centre régional de restauration et de conservation des oeuvres d'art mériterait de voir sa notoriété affirmée auprès des habitants de Haute Saône. La compétence de ses personnels, la qualité de ses restaurations sur des oeuvres régionales et internationales constituent un atout culturel à valoriser et à développer dans notre département.

Les Amis de nos vieux villages hauts saônois participent -à leur niveau- à la valorisation du patrimoine rural et local par leurs recherches, leurs conférences, la publication de brochures. Ils ont découvert en ces lieux un monde qui leur était un peu inconnu: celui de la préservation matérielle effective du patrimoine et de la culture artistique  en France et à l'étranger.

Ils remercient chaleureusement Aubert GERARD et ses collaborateurs pour leur accueil, leur disponibilité et la qualité de leurs interventions.

Photos Evelyne JOLY / Patrick MATHIE

Patrick Mathie, 1er mars 2019

 

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joly evelyne 02/03/2019 07:44

Merci pour ce beau reportage qui reflète l'après-midi d'exception que nous avons passée au centre.

patrick 02/03/2019 10:10

Je confirme: après midi d'EXCEPTION !