VANNE : ANECDOTES , POISSON D'AVRIL ET SAGAS HISTORIQUES...

Publié le par Patrick Mathie

 

C'est la salle des Rencontres de la Mairie de Vanne qui accueillait la deuxième conférence de l'année 2017 .

 

Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".
Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".
Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".
Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".
Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".

Vanne, en bordure de Saône, son lavoir et sa "Petite Venise".

Après l'introduction d'Evelyne JOLY et de Monsieur le Premier Adjoint vient le moment des Anecdotes:

La fête des époux, par Gustave Munier: instituée par le Directoire elle règle "les bonnes moeurs" entre maris et femmes... la fête à lieu chaque 29 avril.

Un accident à Vanne en 1880: la victime âgée de 84 ans, souffrant d'un bras cassé se voit prescrire "un arrêt de travail" de 15 jours par le médecin Huguet! La retraite n'existait pas et la médecine était expéditive!

Un taureau furieux, par Gérard Vergnaud: après avoir honoré une vache, le taureau communal refuse de regagner l'étable et se retourne contre son gardien  qui le frappe à coups de bâtons. Il l'encorne contre un mur. Deux médecins ne pourront sauver le pâtre!

Promesses non tenues suite à une confession, par Elisabeth Forterre: le curé du village se plaint à son évêque du non respect de la promesse de fidélité conjugale faite par un paroissien...l'évêque lui répond qu'il faut tenir compte de la faiblesse humaine et ne pas exiger trop de ses ouailles!

Les joueurs de quilles de Vanne à l'heure des Vêpres, par Colette Sauty: En 1773, 5 jeunes de Vanne sont surpris à jouer aux quilles le dimanche alors qu'ils devaient être aux vêpres. Ils sont condamnés par la justice du seigneur de Ray à 50 livres d'amende!

 

La mise à sac de Rupt sur Saône pendant la Révolution française, par Christian Lambert.

Les prêtres en poste ont été remplacés par des prêtres ayant prêté serment à la République. Mais les habitants de Vanne et de Rupt ne vont pas à la messe dite par le nouveau curé qui a des moeurs dissolues, les insulte et les menace. Il s'en plaint à son évêque qui décide de venir  sermonner les récalcitrants avec l'aide de... la garde nationale! Les esprits s'échauffent, on cherche du vin, le pillage de Rupt commence, les filles auront les cheveux coupés ( tiens cela rappelle quelque chose!) on taillera les oreilles en pointes aux hommes et on mettra le feu au château! Les coupables ne seront pas inquiétés!

 

 

Vanne et les aléas de l'histoire, par Philippe Laville

L'histoire de Vanne est liée au fait que le village se situait sur des lieux de passages depuis l'époque romaine. Qui dit lieux de passage dit aussi risque d'envahissement! Ce fut le cas de Vanne qui eut à subir les conséquences des conflits entre la France et la Comté. Les armées régulières, les routiers, les écorcheurs, les retondeurs, les suédois... dévastèrent la région pendant des dizaines d'années. Vanne ne comptait plus que 16 foyers avant de retrouver petit à petit une population plus importante qui atteignit à son maximum 400 habitants.

 

Vanne, au temps de la Contrebande!

par Patrick Mathie,  avec la collaboration d'André Joly.

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Les recherches aux Archives départementales de Haute Saône conduisent parfois à faire des découvertes inattendues et même surprenantes.

Préparant une intervention future sur Vanne nous avons découvert dans les archives de la commune, un document manuscrit et défraîchi, inséré entre les pages du registre des compte- rendus du Conseil municipal de l’année 1911: il comprenait un billet froissé aux bords déchirés, adressé à Monsieur le Maire épinglé sur un document, un rapport -c’était son intitulé- de plusieurs feuillets émanant d’un certain Jacques Auguste HUGUET .

Le billet était écrit maladroitement, au crayon, sur du papier quadrillé. Nous avons pu le déchiffrer.Il disait ceci : « Mossieur le Maire , savé vous que il sans passe de belles dans votre vilage ? Savé vous qu’on fume du tabac pas cher à Vanne ? Demandé voir à l’épicerie Charpiot pourquoi le soir à la nuit, les hommes rentre dans le magazin Charpiot et ressorte avec les poches plaines. Cé pas normal ! A bon nentendeur salut ! Signé :X » C’était un billet anonyme !

L’écriture et l’orthographe plus qu’hésitantes n’étaient pas celles d’un lettré, à moins que le délateur ait voulu ainsi brouiller encore plus les pistes ! Il est vrai qu’une lettre anonyme est rarement signée du nom de son auteur ! Seul indice : l’enveloppe adressée au Maire de Vanne portait le cachet de la poste de Ray sur Saône en date du 13 juillet 1911 !

Il est logique de penser que le Maire du village ait voulu mener son enquête pour s’assurer de la véracité de ces propos avant de contacter la gendarmerie. Il se trouve que parmi ses administrés figurait un dénommé Jacques Auguste HUGUET dont la profession de « revuiste scientifique et historique » le conduisait à effectuer des recherches, à rédiger et à publier des articles. (Nous avons appris , par la suite, en recherchant dans sa généalogie, qu’il était aussi médecin).

Le Maire, qui devait connaître ses qualités et sa discrétion, lui avait demandé de mener une enquête non officielle, car même si le billet anonyme semblait des plus farfelus il ne fallait pas prendre le risque de passer à côté d’une affaire portant préjudice à la communauté et à la République dont il se disait le digne représentant.

Effectivement, le rapport était adressé au Maire avec la mention « Confidentiel » et signé de la main de son auteur. Il n’est pas possible ici de le lire dans son intégralité en raison de sa longueur. Nous nous attacherons à en faire le résumé le plus fidèle possible et à en donner les extraits les plus explicites.

« Monsieur, le Maire, disait-il en préambule, j’ai terminé la tâche que vous m’aviez confiée et je suis en mesure de porter aujourd’hui à votre connaissance les faits que j’ai pu vérifier en personne ».

Jacques Auguste s’était adjoint les services d’un homme en qui il avait toute confiance, le garde forestier Louis Isidore CADET dont le képi et la plaque pectorale officielle en imposait aux habitants dudit Vanne ! Allant par monts et par vaux, fréquentant les bois communaux, la plaine et les rives de Saône il connaissait les moindres recoins du finage ! C’est ainsi qu’à la nuit tombée, pendant plusieurs jours il s’était discrètement posté derrière un tas de fumier, des tonneaux ou encore sous la charrette d’Emile CHARPIOT, marchand forain, dont la femme Louise et la fille Blanche tenaient l’épicerie éponyme !

Le troisième soir de veille, alors que l’épicerie avait fermé depuis longtemps, des ombres furtives s’étaient glissées le long du mur du magasin. On avait frappé à la vitre de la porte d’entrée, celle-ci s’était ouverte et 3 hommes s’étaient vivement introduits dans la boutique. Ils en ressortaient quelques instants plus tard, les poches gonflées. L’un deux avait chuchoté « Bon cette fois, l’Emile en a reçu une bonne quantité on pourra fumer jusqu’au prochain passage de la péniche…allez dépêchons nous de rentrer ! » Et ils s’étaient évanouis dans l’obscurité.

« Grâce à une surveillance de l’épicerie Charpiot nous avons eu le début d’une piste : il semblait qu’effectivement on vienne se fournir en tabac à rouler auprès de la Louise, du tabac de contrebande transporté sans doute par des mariniers de la Saône » poursuivait l’homme de lettres.

C’est en septembre que l’affaire avait pu être élucidée par les deux compères.

Satisfaisant un besoin naturel derrière un gros buisson, près de la maison du pêcheur Léon François Roussey , Jacques Auguste avait vu arriver à vélo, tout essoufflé, Félix MEY cantonnier et éclusier de la Saône. Il avait posé sa bécane contre le mur et s’était engouffré dans le couloir « Léon, Léon c’est pour ce soir »… s’était il écrié et il avait poursuivi, ne se doutant pas que ces propos étaient captés par le revuiste : « Cette fois c’est la péniche Flandre qui s’est amarrée pour la nuit en amont de l’écluse »

- Le patron est sûr ? tu le connais ? » s’était enquit le Léon.

- Si je le connais ? c’est le Jarné De Vos, il vient de Liège en Belgique avec un chargement de charbon pour Gray ! A chaque fois qu’il passe à l’écluse il m’achète un poulet ou un lapin je lui donne de la salade et il me livre un petit tonneau de bière belge…je t’en ferai goûter !

-Bon, dans ce cas je vais prévenir le Jean et l’Amédée pour qu’ils viennent me donner un coup de main avec la barque …si le Louis est disponible il fera le guet, cette nuit c’est pleine lune! »

Le Jean c’était Jean Etienne Boussard, cantonnier de son état , dont on disait qu’il avait plus de corne sous le menton qu’aux mains tant il passait de temps à méditer sur la dureté de l’existence, la mandibule pressant ses doigts croisés sur le manche de la pelle ! Son jeune frère Amédée Boussard lui, n’avait pas réussi son examen d’entrée à cause d’un problème de calcul de surface et n’avait donc pu intégrer cette noble corporation vicinale ; il était simple ouvrier agricole certes, mais doté d’une force peu commune et le cal de ses mains prouvait la constante de son activité manuelle. Quant au Louis Ménétrier (tel était son nom de famille) il était chef cantonnier et le faisait savoir !

Jacques Auguste Huguet s’empressa de noter toutes ces informations sur le petit carnet qui ne le quittait jamais et rentra à son domicile. En fin d’après midi le garde forestier fut informé de la situation et le plan de bataille échafaudé : Jacques Auguste se tiendrait à la nuit dans les parages de l’épicerie et Louis Isidore se rendrait en bordure de Saône à proximité du lieu de mouillage de la péniche « Flandre ».

Le récit se poursuit sous la plume d’Huguet :

« Le garde forestier a bien trouvé la péniche Flandre au mouillage comme indiqué par Mey, des bâches protégeaient sa précieuse cargaison de charbon. Il s’est dissimulé dans les hautes herbes sous un saule. Vers vingt deux heures il a entendu des clapotis et des raclements. Une barque maniée à l’aide d’une perche, par deux hommes ,venait d’aborder la péniche. La clarté de la lune lui a permis de reconnaître le pêcheur Léon Roussey et Jean Boussard. Le premier est monté sur la péniche. Une conversation à voix basse s’est engagée avec le patron du bateau qui s’exprimait avec un fort accent belge. Des paquets ont été déposés dans la barque à fond plat et maintenus par des cordages. La barque a ensuite quitté le bord et s’est dirigée vers l’aval. Louis Isidore Cadet sous le couvert des saules en a suivi la progression. Elle s’est engagée dans l’embouchure du ruisseau qui vient de la fontaine du village et traverse la prairie. Le garde forestier a compris le stratagème : ils allaient remonter le ruisseau pour atteindre la petite Venise à l’entrée de Vanne ! »

Il a coupé dans la prairie, se dissimulant derrière les haies, à bonne distance des bateliers. Il fallait le faire ! Remonter le cours d’un ruisseau si peu profond avec une barque, personne n’aurait pu imaginer cela ! Arrivé à l’entrée du village il vit deux silhouettes qui arpentaient le revêtement caillouteux de la route de Ray qui luisait au clair de lune : l’Amédée et le Louis faisaient le guet afin de signaler l’éventuel passage des pandores à bicyclette en tournée de surveillance! Peu de temps après, 3 coups de sifflets brefs, la barque approchait. Louis s’engagea en éclaireur sur la route longeant la petite Venise. Amédée, lui, attrapa le cordage qu’on lui lança depuis la plate et se mit à haler l’embarcation et son chargement avec vigueur.

« Les hommes, sans bruit, ont amené la barque à quelques dizaines de mètres de la fontaine, dans le quartier de la Petite Venise. Pendant ce temps, Emile Charpiot avait avancé son attelage jusqu’au point de rendez vous. Il avait pris la précaution d’entourer les sabots du cheval avec des sacs de jute, mais les roues cerclées de fer faisaient un bruit d’enfer ! Les cordes furent détachées et le transbordement des paquets commença. Tout se passait pour le mieux quand soudain un paquet tomba dans le ruisseau et partit au fil du courant. L’un des hommes se précipita pour le récupérer. Il l’avait agrippé quand une pierre aiguë le déchira et une partie de son contenu s’échappa. Louis Isidore a pu récupérer, en aval, quelques uns des petits paquets qui voguaient sur l’eau. Ils portaient l’Inscription : Tabac à rouler. Semois supérieur. Fabriqué en Belgique ! …

La charrette de Charpiot a été vivement garée dans la grange et les vantaux refermés en silence. Le pêcheur a reconduit sa barque jusqu’à la Saône. Il devait être aux environs de minuit…

Pas de doute nous avons à faire à de la contrebande de tabac belge dont Charpiot est sans doute le principal commanditaire. Sa profession de marchand forain lui permet d’écouler son stock non seulement à Vanne mais aussi dans les villages alentours auprès des habitués». Telle était la conclusion de l’espion.

On ne sait pourquoi le rapport « confidentiel » d’Huguet s’est retrouvé dans le registre des délibérations du Conseil de Vanne et ce qu’il est advenu par la suite. On peut penser que le Maire avait des relations avec certains mis en cause et qu’il a dû « étouffer l’affaire ». Mais on sait désormais- et c’est surprenant- que la Petite Venise de Vanne, à défaut de gondoles, voyait nuitamment et périodiquement passer des barques chargées de tabac !

On peut imaginer aussi que le Maire, afin de remercier Huguet et Cadet, et peut être de s’assurer de leur silence… les a invités à l’Auberge Paris de Charentenay pour déguster une délicieuse pochouse ou un goûteux poisson de la Saône…

C'était.. un poisson d’AVRIL, bien sûr!

Patrick MATHIE .Avril 2017

Merci aux intervenants, aux spectateurs fidèles et nouveaux, ainsi qu'à la Municipalité de Vanne pour son accueil.

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